Elles ont beau se faire huer, insulter, mépriser par les intellos et les générations anciennes, les stars égocentrées d’Insta et TikTok osent tout. Au risque de se faire épingler pas la justice, comme Rym Renom récemment. Vous croyez que ça les arrête ?

On a beau avoir passé l’âge de les suivre, on ne peut pas faire comme si elles n’existaient pas. Les influenceuses ne sont pas seulement devenues un phénomène de société, elles forment un secteur économique prospère qui pèse maintenant des centaines de millions de spectateurs, de consommateurs, d’euros.

Des bonimenteuses avec 30 mots de vocabulaire

Il n’est pas si lointain, le temps où, dans les défilés, les chroniqueuses de « la grande presse » toisaient ces « cagoles » aux bouches de Donald Duck avec un souverain mépris. De l’eau a coulé sous les ponts, et des kilomètres de vidéos TikTok… Allez demander aujourd’hui aux attachées de presse comment il a fallu s’adapter à ces bonimenteuses avec trente mots de vocabulaire, et 30 minutes de culture générale.

Maintenant, elles siègent au premier rang des défilés, au même titre qu’une rédactrice en chef de Elle ou du Figaro Madame. Parfois – souvent – le service de presse organise deux défilés pour éviter que se croisent les aristos de la mode et cette piétaille. Ni journalistes, ni diplomées d’une fac, elles se sont imposées par leur culot, leur tchatche. Leur bêtise inconsciente ? Au vu des récents développements, on s’interroge.

Rym Renom condamnée, menottée, penaude mais pas battue

Rym Renom, vous connaissez ? Une Kardashian à la française. Un sex-appeal faussement ingénu. Lèvres bombées comme une chambre à air, silhouette de Barbie brune, tatouages sur peau de satin ambré, nombril

piercé, poitrine atomique mais pas trop, fossettes, ongles griffus nacrés… 1,8 millions de followers sur Instagram. Elle a été condamnée il y a un mois à un an de prison avec sursis probatoire, 25 000 euros d’amende, et la saisie de 42000 euros. Les motifs : pratiques commerciales trompeuses (elle ne disait pas qu’elle était payée pour promouvoir les produits) et pour injection esthétique (acide hyaluronique, botox) par une personne non habilitée. Elle n’est pas la première. Nabila, Capucine Anav, Poupette Kenza… Comme tant d’autres, la belle enfant naïve prétend ne pas savoir que la loi oblige à déclarer le partenariat commercial avec les marques, et assure offrir une présentation « tacitement » commerciale, donc pas besoin d’annoncer le contrat. Quant aux injections… ces ignares veulent partager le bon filon parce que c’est moins cher. Bref, ces vendeuses-mannequins ne pensaient pas à mal, on a compris.

A 34 ans, la Divine s’est fait arrêter à sa descente d’avion en provenance d’Indonésie, devant ses deux petites filles. Larmes de honte : « Les menottes c’était trop pour moi ! » On compatit. Depuis, elle ne fait que poster des photos d’elle en bikini, et des vidéos anodines sur son Instagram. Ces jours-ci en vacances au camping avec sa maman, sa copine, ses deux petites filles. En juin, en pleine tempête, elle publiait une interview où elle assurait que « chaque situation t’apporte quelque chose. » Traduisez : on apprend de ses bêtises.

Rym est née à Rabat. A quinze ans, avec son père, elle part s’installer en Espagne. Elle se fait connaître via la télé-réalité espagnole. En 2019, elle se révèle en France dans « La Villa des cœurs brisés » ; rien que le nom de l’émission…

Comme cette génération de pseudo-Kardashian, ni acteurs, ni artistes, juste carriéristes de la célébrité, eh bien, elle a grandi, mûri devant « son » public. On l’a vue tomber amoureuse de son partenaire télé Vincent Queijo, faire deux enfants avec lui, l’épouser, se séparer (« Vincent et moi nous ne sommes plus sur la même longueur d’ondes… »), aller habiter à Bali, égratigner la nouvelle compagne de son ex…

Et là, on la voit apprendre de ses erreurs et de ses négligences. Quand le Président du tribunal lui signale « la gravité de recommander de telles pratiques d’injections sauvages. Savez-vous que des gens ont perdu une partie de leur visage ? », elle répond, penaude : « Oui, j’aurais dû faire plus attention. »

Une vantardise brute qui parle à un large public

N’empêche, sur son Instagram, elle continue à marteler à ses followers : « Moi j’ai pas peur des critiques. Tout dépend de moi, pas des autres. Je connais mes points forts, je fais de ça ma puissance. » Rien que ça. Colette, Chanel, Florence Arthaud… auraient pu dire la même chose. Oui mais justement, elles n’auraient jamais osé avoir la vantardise aussi brute de décoffrage. C’est ce qui désoriente.

Qu’on le déplore, qu’on en soit gêné, l’ambiance a changé. Ces influençeuses au narcissisme exacerbé ont devenues les nouveaux coaches de confiance en soi. Leur ego surdimensionné les protège de toute pudeur. Et c’est ce que viennent chercher leurs fans. Ceux de Rym Renom sont majoritairement des femmes, – même si, au vu de son déhanché de Pool Dance, elle devrait plutôt attirer les garçons. Quand elle martèle : « Faites-vous confiance !», c’est à ses congénères qu’elle s’adresse. Il faut lire les commentaires débordant d’admiration candide. On hésite entre stupéfaction et accablement. La libération des femmes, l’égalité des chances est peut-être à ce prix.

La cause des femmes est-elle à e prix ?

Mère célibataire, femme divorcée, entrepreneuse qui fait marketing de sa vie, Rym Renom n’est jamais au repos. Cash, brut, simpliste, son discours ne fait pas dans la complexité. Pourtant, avec elle et toutes les autres, les influençeuses roulent pour la cause des femmes. Eh oui…

Catherine Schwaab