Avoir une liaison en marge de sa vie conjugale n’est pas de tout repos. Entre les voisins, les paparazzis, les kiss-cam dans les concerts de Coldplay, les amours clandestines ont la vie dure

Ca arrive dans les meilleures familles, ça fait souffrir quel que soit notre standing social. Quand l’adultère s’invite dans un couple, c’est un cataclysme. Une confiance rompue, une sidération, un effondrement, bref, toutes les douleurs de la trahison. Mais quand la tromperie s’illustre devant la terre entière, c’est pire. A la stupéfaction brûlante s’ajoute l’humiliation publique. Ce fut le lot de tant de célébrités, de la politique aux show-business. Sarkozy, Lady Di, Valérie Trierweiler, Hillary Clinton, Anne Sinclair, mais aussi Liz Hurley (Hugh Grant et son « incartade dans la voiture sur Melrose), Beyoncé, Kim Kardashian, Demi Moore (trompée par Ashton Kutcher), Jennifer Garner (trompée par Ben Affleck), Eva Longoria (Tony Parker), Uma Thurman (Ethan Hawke avec la nounou !), Maria Schriver-Kennedy (Schwarzenegger et la gouvernante !), Jennifer Aniston (Brad Pitt dingue de Angelina), etc etc… Trompées ou trompeuses, les stars font les meilleurs « couv ». Quand Closer a montré les amours clandestines de François Hollande avec Julie Gayet (épousée depuis), quand Paris Match a révélé l’amant de Cécilia Sarkozy, (André Attias,devenu son mari), les chiffres de ventes ont explosé tous les records. Et je ne parle pas des « aventures » de Britney Spears, Kristen Stewart, Justin Bieber, Edouard Baer, Cyril Hanouna, Gisèle Bündchen, Benjamin Millepied… célébrités traquées par les paparazzi, et qui permettent de « feuilletonner » sur les

« amours, délices et orgues » et crises de nerf de nos people « potentiellement vendeurs ». Ok, c’est un peu cavalier mais ça fait partie du jeu de la gloire.

En revanche, quand la gloire des uns fait le malheur des autres, les anonymes qui n’ont rien demandé, là, on se dit qu’on a crevé le plafond de l’indécence. Merci les réseaux sociaux ! Le 16 juillet dernier, au concert de Coldplay à Boston, un couple adultérin inconnu se retrouve en gros plan sur l’écran du concert, enlacés. Panique. Le type plonge au sol, la fille se tourne et se cache le visage tandis que Chris Martin, le chanteur rigole : « Soit ils sont timides, soit ils ont une liaison ». Et de se raviser, un peu embêté à l’idée soudaine des conséquences vertigineuses de cette caméra baladeuse : « Enfin, j’espère qu’on n’a pas fait une bêtise ». Une grosse bêtise, indeed. Andy Byron est le respectable PDG d’Astronomer, une entreprise de datas combinés à l’intelligence artificielle, il est marié à Meg Kerrigan, enseignante, et père de deux enfants ; Kristin Cabot, la DRH d’Astronomer, est en couple depuis deux ans avec Andrew Cabot, PDG de Privateer Rum, une marque de rhum et distillerie du Massachusetts.

On imagine les mélodrames dans les deux foyers respectifs car impossible de nier l’affaire, les images ne laissent aucun doute. Quel poison, ces « kiss-cam » ! Supposées faire rebondir l’intérêt en offrant aux spectateurs dans la salle leurs trois secondes de célébrité, elles ont engendré ici plus de 5 millions de « like » sur TikTok et des « mêmes » hilarants où des couples improbables parodient la réaction des deux amants. S’il n’y avait que cette folle intrusion du net dans les relations intimes, on serait déjà effaré. Même inconnu, plus

moyen d’être incognito. Même performant et consciencieux dans son job, plus moyen de gérer sa vie privée librement, plus moyen de prendre du plaisir. La réaction des « coupables » a produit une montée d’accusations, de blagues et de courroux puritain. L’amant serait un patron « toxique », il se serait déjà « excusé »… Fake news. Mais le vers est dans le fruit : tu trompes ta femme, donc tu es une ordure.

Ledit patron a dû démissionner. Pas à cause du chiffre d’affaires en baisse. Ni à cause de son management, non. Parce que, dans la vie professionnelle, avoir une maîtresse quand on est marié « is bad ». « Nos dirigeants doivent donner l’exemple en matière de comportement et de responsabilité, » a décrété officiellement Astronomer. Ah bon ? Et pas le Président Trump, élu malgré ses innombrables « affairs » ?

Les pauvres amants vont le payer cher, ce concert de Coldplay. Si Chris Martin n’avait pas commenté ces images, on en n’aurait peut-être pas fait tout un fromage. Décidément, on ne peut jamais faire confiance aux Anglais.

Sans vouloir absoudre les deux amants, obligée de constater l’hypocrisie américaine. Qu’aurait fait une entreprise française ? Eh bien la loi française, article 9 du Code civil, préconise que « chacun a droit à sa vie privée ». En clair : la vie de couple ne relève pas de l’entreprise et donc votre boîte n’a pas le droit de vous licencier en raison de vos amours. Sauf si elles ont des répercussions néfastes sur l’image. Or, ici, pour une entreprise de la tech et de l’IA, ce genre de péripétie « amusante » flatte plutôt qu’elle assombrit l’image d’Astronomer. Donc, virer le directeur pour s’être affiché avec sa maîtresse et DRH à un concert rock, vous fait apparaître borné et rétrograde. Oui, pour les client (e ) s qui font peut-être pareil, ça la fout mal.

Bon. Comme en Amérique tout finit toujours en best-seller, Andy et Kirsten, désormais aussi célèbres que Coldplay, vont peut-être faire de leur catastrophe une série Netflix.

Catherine Schwaab