Les évènements du monde deviennent un baromètre de l’intelligence humaine. Leur présentation aussi. Mais quel public en face ? Des abrutis ? Ou des télespectateurs éveillés intellectuellement ?

Est-ce l’omniprésence de Trump ? Les énormités qu’il profère chaque jour, lui et ses sbires ? On s’interroge sur l’intelligence planétaire. Sur la nôtre ; l’imbécillité, l’égotisme aveugle, c’est contagieux ? Et dans notre propension à relayer tout ce qu’il dit à la télé, je lis une sorte de délectation insolente… Du genre : sous nos latitudes, de telles stupidités sont impensables. Cette brute serait tout de suite moquée, raillée, éjectée hors de l’arène politique.

Notre Q.I. est en hausse et pourtant…

Et pourquoi en sommes-nous si certains ? Parce que, contrairement à nous, les Américains sont plus crédules et tragiquement superficiels ? Pas faux. Mais plus bêtes, non. Comme chez nous, leur Q.I augmente. La science est formelle : on est tous plus intelligents aujourd’hui qu’autrefois. Les tests de Q.I montrent même qu’une intelligence « moyenne » en 2025 aurait été considérée comme « surdouée » il y a un siècle. C’est Franck Ramus qui le dit, un chercheur du CNRS en sciences cognitives et psycholinguistiques. Le Q.I. de nos enfants s’améliore ? Quid du niveau du bac et des programmes en baisse ? Quid du baccalauréat, que 70 % des élèves décrochent alors que c’était 30 % dans les années 1970 ? Pr Ramus : « Le niveau du bac ne reflète pas une baisse générale d’intelligence de l’ensemble de la population. » Pour résumer : nos connaissances sont moins platement factuelles, « appris par cœur », elles se sont élargies à d’autres disciplines, incluent l’acquisition des sciences et des technologies nouvelles, et cela à un âge plus précoce.

Bon, tant mieux. Mais alors quid des Américains qui semblent gober tout cru les déclarations de Trump ? Serait-ce dû à une dégradation biologique de leurs neurones ? On dit que les pesticides à haute dose et les perturbateurs endocriniens entravent le fonctionnement du cerveau. Eh bien non : « Un Q.I. bas ou en baisse intervient dans les pays sous-développés donc peu exposés à ces substances. Alors que dans les pays développés, Europe, Etats-Unis, Australie, le Q.I. augmente » Il augmente moins qu’avant tout de même… Réponse : forcément, notre cerveau n’est pas extensible : « On est limités par nos 100 milliards de neurones. Donc notre Q.I. va bientôt plafonner. Comme notre espérance de vie. » Compris ?

Cultiver sa pensée, son sens des nuances

En clair, ce qui fait la « bêtise » des Américains, – celle de nos ados « ignares », de nos extrémistes obscurantistes -, c’est autre chose. C’est l’affaire de tous : un manque de profondeur, une baisse de la concentration, une perte de subtilité. « 0n devient tellement esclaves de nos outils digitaux qu’on n’arrive pas à s’en décrocher plus de 20 minutes, » convient notre scientifique. D’où un picorage intellectuel qui empêche de réfléchir vraiment, longuement : thèse, antithèse, synthèse, sens critique, analyse sémantique, croisement des informations… Ce que nous enseigne le métier de journaliste… et que nous devrions désormais tous pratiquer pour ne pas gober les fake news, les mensonges, les manipulations de Trump, de Poutine, de Erdogan, de Milei, de Bolsonaro, de Meloni…. La liste commence à inquiéter.

Notre mission : garder sa concentration, cultiver sa pensée, ne pas se laisser influencer – avec Trump, c’est le dernier qui a parlé, qui l’a flatté qui a raison – , et développer sa sensibilité afin de repérer les nuances. En cela, je trouve que, au-delà des (excellents, dangereux) reportages en Russie, en Ukraine, au Moyen-Orient, aux Etats-Unis, en Chine…, nos plateaux de discussions à la télé, France 24, LCI, BFM, France 5, France Info… sont éclairants. Chroniqueurs, journalistes, reporters, chercheurs, historiens, membres de fondations diverses, politiques, chefs militaires…

Contrairement au temps du covid, je trouve que là, les analyses sont pertinentes, enrichissantes même quand elles s’opposent. Même quand je ne suis pas d‘accord. Elles se répètent un peu, d’accord, mais, elles forcent à réfléchir. A ne pas débrancher.

Elles démontrent au fond que, à défaut d’avoir des canons en quantité, la France continue d’avoir des neurones en ordre de marche, elle.

Catherine Schwaab