Un livre de Dominique Nora, grand reporter au Nouvel Obs, lève le voile sur un immense non-dit : l’efficacité des soins psychiatriques assistés par des substances hallucinogènes. 80 % de réussites sur les dépressions, addictions, traumatismes, angoisses contre 30 % avec des anti-dépresseurs. Qu’attendons-nous pour l’appliquer à grande échelle ?
C’est le résultat d’une longue enquête aux Etats-Unis, au Canada, en Suisse, en Angleterre, aux Pays-Bas, en Australie : dans ces pays plus ouverts que la France sur la question, des milliers de chercheurs et de cliniciens appliquent cette « médecine psychédélique » sur des anciens combattants traumatisés, des femmes violées qui revivent leur agression, des alcooliques rebelles aux sevrages, des dépressifs et des angoissés résistants aux benzodiazépines et aux tranquillisants… Dominique Nora a interviewé les médecins et les patients, les chercheurs, les mécènes, les rescapés et les laboratoires qui mènent des essais, elle a observé l’incroyable fermeture des Français à ces thérapies qui ne sont pourtant pas nouvelles.
Elles datent des années 50-60, elles ont été interdites un temps par Nixon au nom du combat contre les drogues, mais elles sont appliquées très officiellement en Suisse depuis 2015. Ce petit pays – franchement pas un foudre de la défonce -, pratique la médecine psychédélique sous haute surveillance avec du LSD, de la MDMA ou de la psilocybine, trois hallucinogènes bien connus. Il ne s’agit pas là de faire « tripper » les malades. La « médecine psychédélique » est une méthode de soin psychiatrique qui suit un protocole, comme l’explique le médecin-chercheuse en sciences neurologiques Lucie Berkovitch qui mène actuellement un essai international à l’hôpital Sainte-Anne : « Les thérapeutes sont formés, ils restent au côté du patient pendant la durée du « voyage » de connection avec soi-même. Ce peut être moins d’une heure ou 4 heures ou 10 heures selon la substance sélectionnées. » Avant même
le résultat final de l’essai, elle observe une réussite incontestable par rapport aux traitements conventionnels médicamenteux.
Que font ces molécules hallucinogènes sur notre cerveau ? le Dr Benjamin Wyplosz résume : « Elles viennent déverrouiller des souffrances enfouies. Elles débarrassent le cerveau du fardeau d’enfouissement des douleurs. Donc elles libèrent de l’espace pour une mise à distance de la souffrance, pour verbaliser, analyser, réfléchir, s’alléger. ». Car, ça semble évident mais ces douleurs psychiques et toxiques car elles bloquent nos énergies dans une spirale de négativité et d’auto-destruction. Le Dr Wyplosz est un spécialiste de la fin de vie et de l’apaisement en soins palliatifs. Il a observé in situ des effets soulageants de ces substances : LSD, psilocybine, MDMA, mais aussi des plantes comme l’ayahuasca, l’iboga, la mescaline.
Dominique Nora est allée plus loin dans l’exploration : elle a réuni des témoignages d’ex-malades ; interviewé par exemple John, 73 ans, vétéran du Vietnam, traumatisé, mutique et devenu alcoolique : au bout de plusieurs séances sous MDMA dûment supervisées par des psychiatres, il s’est largement calmé et épanoui. Franck, combattant au Panama, après 30 ans de dépression et de médication inefficace, est carrément sorti de l’enfer grâce à plusieurs sessions de MDMA. « Contrairement à ce qui se passe avec les anti-dépresseurs, l’effet de la MDMA est cumulatif, explique-t-il à la journaliste. Grâce à cette thérapie, j’ai enfin accepté d’être qui je suis ; je suis devenu plus indulgent avec moi-même. »
On pourrait citer des milliers de cas. Dominique Nora explique en détail comment ces molécules, quelle que soit celle qu’on choisit, aident à mobiliser les ressources intérieures du patient pour soigner quantité de maladies psychiques rebelles : dépressions résistantes, addictions, douleurs et angoisses de fin de vie, syndromes post-traumatiques… Avec ces molécules simples et pas chères, et un accompagnement thérapeutique, on économiserait des millions. D’ailleurs, un économiste, Elliott Marseille, s’est intéressé aux chiffres : « La psychothérapie assistée par MDMA fait économiser 133 millions sur 30 ans, c’est-à-dire 4 millions par an. »
Même le très prestigieux New England Journal of Medicine a publié des statistiques qui confirment l’efficacité incroyable de cette thérapie. Je résume : deux doses de psilocybine comparées à 43 doses d’anti-dépresseur produit largement plus de rémission, cela sans effets secondaires, avec en prime un mieux-être sexuel !
Qu’attend la France pour s’y mettre. En coulisses, les spécialistes murmurent que « les sociétés savantes françaises ont des préjugés négatifs sans rien y connaître. » Pourtant tout le monde se plaint de voir la psychiatrie stagner, aucune nouveauté encourageante émerger depuis le Prozac… et s’accorder sur un fait : notre monde devient dep lus en plus générateur d’angoisses. Qu’attendons-nous bon sang !
Catherine Schwaab
Pour en apprendre plus sur le sujet, écoutez et regardez mon émission OBJECTIF SANTE avec Dominique Nora et les Dr Berkovitch et Wyplosz, tous trois passionnants
le lien : https://radiorcj.info/diffusions/dominique-nora-lucie-berkovitch-et-benjamin-wyplosz/