Merci OZEMPIC !

C’est le retour de la minceur. La mince ur sans efforts ou presque, grâce à un médicament qui freine l’appétit. Les Américaines ont tiré les premières.

« Body Positive » ! J’avoue, cette candeur bien-pensante doublée d’une ignorance crasse me courait sur le haricot. « Regarder son corps – trop gros – avec bienveillance » … Il faut la niaiserie des Américains pour imaginer qu’un corps obèse ou pré-obèse puisse être accepté, admiré, applaudi. Depuis l’Antiquité, les archétypes de beauté ne font peut-être pas 90-60-90 mais ils s’en rapprochent, de Vénus à Nerfetiti jusqu’à Marilyn, Bardot, Naomi, Grace Kelly, Audrey Hepburn… Bref, même pour le mannequin « plus size » Ashley Graham, l’esthétique du bourrelet n’est pas pour demain. Ashley, elle fait avec, et elle cultive le flou. Si l’on en croit la frénésie hygiéniste qui envahit nos média, le « body positive », on n’en prend pas le chemin.

Tout au plus, avons-nous commencé à apprécier des « rondeurs sexys » chez Kim Kardashian, Rihanna, Beyoncé, Laetitia Casta, Monica Bellucci, Virginie Efira, Léa Seydoux… lesquelles – ne rêvons pas – travaillent leurs tours de taille et leurs hanches avec des heures d’abdos-fessiers. Et une surveillance constante de leur diététique pour ne pas dépasser les limites. Un peu pulpeuses mais pas trop.

Ozempic, la pilule qui fait fondre

Seraient-elles tentées par une ou deux injections d’Ozempic ? Ou de Zepbound. Ou de Moundjaro. Des noms exotiques qui sonnent comme des tribus navajos ou des groupes de rap. Mais non. Il s’agit d’une nouvelle génération de médicaments anti-diabétiques qui – miracle ! – diminuent l’appétit. Ca s’injecte une fois par semaine dans (le gras de) la cuisse, et en

avant pour mon corps de sylphide. Les Américain(e )s y ont déjà largement succombé. A tel point qu’aux derniers Golden Globes en janvier à Los Angeles, l’humoriste chargée d’animer la soirée a joyeusement ironisé sur « la plus grande soirée Ozempic » ! Hurlements de rire. Ils ont quand même de l’humour, à Hollywood. Et de la clairvoyance : ce soir-là, en fourreau griffé ou en smoking, des dizaines de célébrités arboraient leur minceur retrouvée, leur poids le plus bas depuis 10 ou15 ans.

Un mois plus tard, aux Grammy Awards (programmés sur CBS) le sponsor était tout simplement un des labos pharmaceutiques qui vend le Moundjaro. Et, avec un bel esprit de camaraderie, ses concurrents n’étaient pas en reste pour diffuser leurs propres spots de pub durant toute la cérémonie ! Dans un marché où le taux d’obésité est de 43 %, hommes et femmes confondus, il y a de la place pour tout le monde. En fait, la planète entière leur tend les bras, et leurs bourrelets. En ligne de mire : des profits plus que grassouillets vu qu’on compte 2 milliards de gens en surpoids et 650 millions d’obèses dans le monde. En 32 ans, cette pathologie a doublé chez les adultes et quadruplé chez les enfants. Alors merci à la molécule magique : tirzepatide pour Mounjaro, et semaglutide pour Ozempic, Rebelsus, Wegovy. Des peptides hormonaux qui agissent sur le contrôle de l’insuline…. Et sur l’appétit. Le monde s’achemine vers la sveltesse et les petites portions alimentaires.

Cette société qui attaque tout le monde, tout le temps

Oublié, le body positive. Cette grossière excuse pour pardonner les offenses faites aux standards de l’esthétique universelle. Universelle, parfaitement. Europe, Amérique, Afrique, Asie, Australie, îles perdues du Pacifique… Fini, le temps où les plantureuses faisaient rêver. Aujourd’hui, tu es mince ou tu te fais lyncher. Voyez Adèle. Enfin, elle, c’est le paroxysme de la méchanceté humaine : la pauvre s’est pris des scuds quand elle était grosse, et des scuds de jalouses après sa perte de 45 kilos. Les kilos, baromètre de notre société de mesquins.

Pour se guérir de l’obsession de la bouffe…

Soyons honnêtes, cette mode de « body positive », personne n’y croyait. Quelques maisons de couture se sont forcées à faire défiler deux-trois filles avec de bonnes cuisses, sans plus. Pas Chanel. L’extra-lucide Karl Lagerfeld résumait d’une formule : « Personne, surtout pas les femmes rondes, ne veut voir de femmes rondes sur les podiums. » Il s’était bien sûr fait attaquer par les divers comités Théodule de la protection des gros. Pas impressionné, le maestro ripostait : « Le trou de la sécurité sociale, c’est aussi toutes les maladies attrapées par les gens trop gros. » Pas totalement faux.

Sans aller jusqu’aux cancers, hypertensions et autres cardio-pathologies – bien réelles -, le surpoids, ça attaque le psychisme en générant toutes sortes d’obsessions négatives.

Alors si Ozempic peut alléger l’obsession de la bouffe, alors pourquoi pas…