| Vu les sombres perspectives sur notre pays, sur l’Europe, sur notre monde, une gravité se dessine, même pour les fêtes. On va peut-être moins s’engueuler autour du chapon. Prendre VRAIMENT conscience des priorités « Dans 15 jours, le prix aura doublé ! » C’est le poissonnier de la rue de Lévis à Paris qui vous prévient. En cette fin novembre, les coquilles st Jacques sont affichées entre 30 et 40-45 euros le kilo. Déjà pas donné. Bientôt 80 ? « Bah, elles sont belles, regardez ! Vous les achetez maintenant, vous les congelez pour Noël. » Malin. Vous êtes à deux doigts de conclure, convaincue par l’argument. C’est vrai, chaque année c’est pareil : dès le mois de décembre, une folle envie de bonnes choses, les prix se mettent à grimper. Foie gras, chapon, marrons, chocolats… Ils n’abusent pas un peu, les commerçants ? Bien conscients que cette année encore, malgré les nuages noirs au-dessus de nos destins, on va sacrifier aux traditions. Enfin, les traditions… En se compliquant, elles pourraient bien simplifier les choses : entre les obligations écologiques, celles du « made in France », celles de la souffrance animale, les intolérances alimentaires, les décorations et emballages énergivores, les prix… Depuis quelques Noël, c’est à s’arracher les cheveux : à côté de la dinde (française, la dinde !), mettre assez de fruits et légumes (locaux !) sur la table pour les végétariens. Prévoir du pain sans gluten. Planquer le foie gras ou faire croire à ta fille qu’il est végétal. Faire une mousse au chocolat sans crème, ni produits lactés (remplacés par le jus de la boîte de pois chiches !)… Bon. Eh bien, cette année, marre de tous ces interdits, ces efforts, ces dépenses, ces défenses. Le contexte est trop grave. Une mise à distance du conflit prévisible Aujourd’hui, c’est encore fugace, mais on sent comme une pacification obligée du champ de bataille. Face aux menaces, aux incertitudes, aux radicalités toujours plus conflictuelles, j’observe depuis peu un effort de tolérance, ou plutôt de diplomatie. Je vous rassure : les empoignades n’ont pas disparu. Mais il y a comme une mise à distance du conflit prévisible. On n’est toujours pas d’accord, mais on évite d’aller jusqu’au clash. A quoi bon ? Parlons d’autre chose, on sera peut-être morts demain. Je rigole. Même si il y a le fameux « blues des fêtes » qui toucherait 4 personnes sur 10 et engendre une mélancolie, un mélange de déprime, de sentiment de solitude et d’impuissance. « Et moi dans tout ça ? ». Mais je note, osons le mot, une forme de maturité. On braille moins. On a grandi. Est-ce une réaction à l’infantilisme égocentré de nos politiques, – de notre Assemblée Nationale jusqu’à Trump -, est-ce la conscience d’une guerre à nos frontières, est-ce la « bulle » et les menaces de l’intelligence artificielle ?… Comme un réflexe d’hygiène mentale, les priorités se mettent en place : l’importance du temps qui passe et des moments précieux. Ben oui, il y a d’autres urgences que de s’engueuler sur le rosbeef ou sur « ce con de Mélenchon ». Même les Français, ce peuple éminemment éruptif, s’obligent au calme. Redevenir adulte et responsable. Moins superficiel. Moins borné. Lucide. De curieux réflexes persistent : on se reçoit beaucoup avant les fêtes, comme s’il n’y avait plus rien après. Comme s’il fallait confirmer les amitiés et marquer les réseaux avant la fin de l’année. 2026, la fin du monde ? D’un certain monde ? |