Newsletter du 24 janvier 2026

par Catherine | Jan 24, 2026 | Newsletter Archive

Gym : Souffrir ensemble

Gym : souffrir ensemble

On est 20, 30, 40, on transpire dans la même salle, sous les ordres d’un (e ) prof tout sourires mais inflexible. On ne se connaît pas, on ne se raconte pas nos vies ; mais ensemble, on tisse des liens indicibles. Ceux de l’effort en commun. Comme des combattant (e )s en guerre pour la (grande) forme.

 

Cours de fitness de ton quartier ou « Swedish Fit », le cours de gym, c’est, disons, une parenthèse anti-mondaine : en tenue pas terrible qui montre tous tes défauts (bourrelets, fesses, jambes, taille, chevilles, cou, silhouette …), on exécute les figures impossibles, et sur un tempo infernal. On torture ses muscles mais on s’accroche, on tient. On crache ses poumons mais on continue. On transpire, cheveux plats, mascara qui coule… On frise le film gore.

Les hommes transpirent encore plus. Se dépensent-ils plus ? En tout cas, ils ne sont pas nombreux dans la « classe ». Un mec pour 20 ou 30 femmes. Répugnent-ils à suivre les injonctions d’un (e) prof ? Il paraît qu’ils préfèrent les sports de compétition. Le truc où tu marques des points, où tu gagnes, tu perds… Qu’est-ce que ça dit de ces messieurs ? Qu’ils préfèrent des relations dominant-dominé ? Où va se loger le goût du rapport de forces ! On ne leur dit pas, mais c’est complètement has-been. Passons.

Une sororité de la douleur

Dans la classe de gym, au contraire, on est égalitariste. C’est la démocratie du renfo’, du cardio’, de l’aptitude à l’équilibre et à la danse. Gueule de bois ou insomnies de la nuit, on doit bouger ensemble, contracter ensemble, sauter ensemble, « cruncher » ensemble, « squatter » ensemble… Il y a un phénomène d’entraînement. Et quand tu n’y arrives pas, personne ne se moque, ni ne fanfaronne. On compatit, ô combien compréhensif.  Toutes générations mélangées (en tout cas chez Swedish Fit, bravo l’esprit suédois), de 20 à 70 ans, on partage une sororité de la douleur.

Et puis enfin, au bout d’une heure, on relâche.

Ouf, c’est fini. Au moment du stretching, certain(e )s s’épanchent volontiers : « Putain, j’en peux plus ! » On applaudit la prof qui a su pousser les limites. Elle aussi, elle est en nage. Supplice partagé, merci.

En regagnant le vestiaire, on peut comparer l’état de délabrement, et de dopamine au top. On échange des regards soulagés. Une bonne chose de faite. Mais rien de plus. On ignore de quoi est faite l’existence de nos sœurs et frères de gym. On a juste vécu ensemble une sorte d’intimité muette. Sans paroles, sans complaintes. La rançon de la tension partagée. Comme des G.I. sur le terrain de guerre. On ne va pas jusqu’au syndrome post-traumatique. Mais tout de même, ce combat contre soi-même, contre sa flemme, à chaque fois recommencé, quand on y pense, ça n’est pas rien.   

Ci-dessus, les photos de pub des club Swedish Fit : en réalité, on rigole moins, et on est plus rougeaud (es)

« La femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob » : du théâtre original, surprenant, éblouissant.

Jean-Philippe Daguerre, l’écrivain et metteur en scène aux 9 Molières (« Adieu Mr Haffmann », « Du charbon dans les veines »…) reprend ici un fait divers oublié : saviez-vous que Georges Cravenne, le publicitaire qui a inventé les Césars avait été marié à une pasionaria qui sabotait ses dîners mondains et s’était mis dans la tête de réconcilier les Arabes et Israël ? Cette femme franc-tireuse qui n’aimait pas le film de Gérard Oury « Rabbi Jacob » c’était Danièle, incarnée sur scène par la formidable Charlotte Matzneff. Sa fougue, son énergie emportent tout sur son passage. Son mari, Cravenne, c’est Bernard Malaka, puissant. Et Louis de Funès qui va incarner Rabbi Jacob, c’est Julien Cigana, génial et hilarant. La mise en scène ponctuée d’écrans qui modifient le décor est d’une folle originalité, et l’histoire, passionnante. L’auteur va pouvoir aligner un 10ème Molière sur sa cheminée.

  

Pour prendre les billets

De g. à dr. Bruno Paviot, Charlotte Matzneff, Bernard Malaka, Balthazar Gouzou, Elisa Habibi, Julien Cigana, tous fabuleux.

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