Newsletter du 1 février 2026

par Catherine | Fév 1, 2026 | Newsletter Archive

Deux films

Deux films à voir absolument : Nuremberg et Bojarski

Un des nombreux décors magnifiques signés Françoise Dupertuis, chef déco sur « L’affaire Bojarski » de Jean-Paul Salomé avec le formidable Reda Kateb dans le rôle titre.

Ce sont deux histoires vraies. Les deux personnages autour desquels sont construits ces deux films ont existé et marqué leur temps. Une dimension historique qui, toujours, apporte un supplément d’intensité. Et il y a l’incarnation : Russel Crowe qui a pris 20 kilos pour interpréter Goering ; et Reda Kateb qui, fidèle à son jeu épuré, dégage une crédibilité immédiate.

 

J’avoue, je préfère les histoires vraies. Ou les histoires inspirées de faits réels. Ou les personnages qui ont existé. J’aime les œuvres qui offrent leur regard créatif sur les évènements de nos vies. L’artiste, le cinéaste n’est pas journaliste. Et pourtant il a fait des recherches d’historien. Pour James Vanderbilt, Goering était un monstre… et aussi un père, un cerveau curieux et intelligent. Pour Jean-Paul Salomé, et pour les flics de l’époque, Jan Bojarski était « le Cézanne de la fausse monnaie » , et un taiseux tellement introverti qu’il est resté bloqué dans la clandestinité. Ici, les deux acteurs sont des turbos de première force. Rien que pour les admirer, ces deux films sont importants.

« Nuremberg »

Crowe : 20 kilos de plus et la pureté du jeu 

Le film de James Vanderbilt raconte la préparation du procès des dirigeants nazis (Göring, Rudolf Hess, Julius Streicher, Karl Dönitz), et le lien qui se tisse entre le monstrueux Göring et le jeune psychiatre (Rami Malek) chargé de l’évaluer. Le parti-pris du film, est de faire apparaître la faiblesse de Douglas Kelley le psychiatre, visiblement subjugué par l’autorité de Göring. Et ça n’est pas seulement une question de poids, même si, en effet, Malek, 44 ans (il en fait 35), apparaît bien fluet et juvénile face à l’imposant Russel Crowe, 62 ans, qui a pris vingt kilos. Il a eu raison de grossir ; ce côté bouffi est inimitable, il sert son jeu minimaliste. Mais Crowe n’en rajoute pas dans la « germanitude ». Il a une pointe d’accent allemand, il « fait » terriblement gros nazi suiffeux, mais pas dans la caricature. Et pourtant, il « envahit » tout. Entouré d’interprètes impeccables, l’acteur australien retrouve un grand rôle à la mesure de son épaisseur. Et le film est très bien fait, entrecoupé d’images d’archives, il est à la fois palpitant et rigoureux. Il dure 2 heures 28 mais on ne s’ennuie pas une seconde.

 

L’affaire Bojarski : Kateb minimal exprime tout

Depuis que j’ai (re-)découvert Reda Kateb dans « Hippocrate » de Thomas Lilti où il incarnait un interne à l’hôpital, j’essaie de ne rien rater de ses prestations. Là encore, il est bluffant de vérité. Il incarne donc un Polonais victime de la ségrégation en France après la guerre et qui, malgré son diplôme d’ingénieur, ne trouve de boulot. Pour faire vivre sa famille, et pour ne plus dépendre d’un boss, il se met à son compte… et va fabriquer de faux billets. Pendant la guerre, il faisait de faux papiers ; aujourd’hui, un faux billet de 500 nécessite beaucoup plus de temps. L’homme est un tel perfectionniste qu’il va abuser tout le monde pendant des années…

Bravo à Jean-Paul Salomé pour la rigueur de ses recherches, et bravo à Françoise Dupertuis, la chef déco, pour ses innombrables décors et panoramas qui nous propulsent dans les années 40, 50, 60, 70. Car on plonge dans toutes ces époques. Le film est à la fois une fresque, une description des techniques (très) artisanales de contrefaçon, une poursuite policière, et la peinture minutieuse des profils psychologiques dans ces années « vintage ». Reda Kateb réussit à nous faire ressentir le stress intérieur, les tumultes cachés dans ses tripes et l’obsession névrotique du zero-défaut. On glisse dans sa tête, on est écartelé comme lui. C’est très fort. On sort du film plus riche, plus informé, et empli de ce Bojarski-Kateb qui nous accompagne encore longtemps.  

Deux films plutôt longs, plus de 2 heures, mais sans longueurs. Ils sont à la fois passionnants et enrichissants.

La Grazia, tellement italien !

Il y a quelque chose de si typique de l’esprit italien dans ce film de Paolo Sorrentino. Une sorte de… grâce dans les derniers jours de règne d’un Président fatigué. Est-ce une réussite ? Il faut se laisser happer par la nostalgie. C’est un témoignage, un certain regard. Dans ces plans fixes, ce graphisme nu, ces silences et ces paroles rares, il y a de la beauté, de la poésie, de la mélancolie, et une distance ironique, un humour, une intelligence, un regard jamais dupe sur les conventions italiennes qui vont s’effacer avec ce siècle. C’est émouvant, cela peut devenir… déchirant.  

Les tapis du Roi Soleil au Grand Palais

L’expo se déroule sur 8 jours seulement jusqu’au 8 février au Grand Palais à Paris, et si vous aimez l’artisanat royal des siècles passés, il faut vous y précipiter. Pour habiller de faste le sol de la grand galerie du Louvre (442 mètres reliant le Louvre aux Tuileries), Colbert commande quelque 92 tapis aux artisans des Gobelins. Ils vont travailler, nombreux, d’arrache-pied pendant 20 ans, de 1668 à 1688. Le Roi Soleil s’en est désinteresser, mais l’entreprise s’est poursuivie. Elle se déploie maintenant sous nos yeux ébahis étalée dans la grande nef. 

Le samedi 31 janvier dernier, les conservateurs de l’exposition déroulent l’un des 41 tapis exposés devant les journalistes invités. 

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