| Plusieurs signaux résument ces temps-ci un douloureux labyrinthe pour les filles. On ne supporte plus les standards classiques mâle/femelle ; mais on ne sait pas (encore) par quoi les remplacer. C’est une accumulation d’évènements qui force à s’interroger. Se poser des questions gênantes. D’abord les plaintes pour harcèlement sexuel et viols qui visent absolument tous les hommes : riches et célèbres, ou pauvres et anonymes, ou patrons et subalternes… Ensuite les commentaires sur le web : « Elles veulent se faire mousser », « Pourquoi n’en ont-elles pas parlé avant ? » à propos des victimes. Ces messieurs tout-puissants, on les appelle « prédateurs » ; soit ils sont violeurs, soit ils sont séducteurs ; mais « prédateurs » ? ce terme indulgent… Comme s’il y avait une vocation à chasser le gibier pour manger. Passons. Un autre « évènement » qui n’est pas nouveau mais qui prend une couleur troublante : le sex appeal old school de certaines artistes de l’Eurovision 2026 ce dernier week-end. Je ne parle pas de la France qui concourait avec une magnifique Monroe, parfaite en tous points, voix, orchestration, chorégraphie, fringues, elle aurait DÛ gagner. Je parle de l’Allemagne ou de Chypre qui semblent avoir raté le film : string à paillettes et cuissardes côté nord ; body-nuisette rose bonbon côté sud, et déhanchés vieux comme les années 80 pour tout le monde. Est-ce que ça marche toujours sur le public ? Comment voulez-vous faire avancer les esprits avec de telles performances ? La Bulgare Dara et ses danseurs/danseuses qui ont gagné l’Eurovision critiquaient justement ce registre dans leur chorégraphie musclée. Les républiques de l’Est – Serbie, Ukraine, Montenegro, Moldavie…- avaient, elles aussi une créativité tellement plus fine. Des filles « masculines » ? Pas si simple Enfin, autre évènement qui peut engendrer un choc : le spectacle « Viril (e.s) » de Marie Mahé qui ne s’est joué que 2 jours en mai au Théâtre de L’Atelier à Paris. Eh bien, certaines savent secouer le cocotier pour éduquer les cerveaux encore embrumés par les vieux standards; j’ai découvert ce show qui vous fait franchir le siècle. Voilà quatre filles qui résument le contexte. On n’est plus dans les années 1980, 1990, 2000. - Aujourd’hui, tu ne reproches plus à ta fille, à ta cousine ou à ta copine d’être un « garçon manqué ». Même si elle pourrait « faire un effort ». S’habiller un peu, fermer les genoux, crier moins fort, bref, arrêter de singer les « racailles de banlieue ».
- Aujourd’hui, tu ne t’attends pas à ce que le mec te drague. Ce qui ne signifie pas que tu sois capable, toi, de passer à l’abordage. Ce qui donne des filles qui « détestent qu’on me drague », mais qui parfois « n’ont plus baisé depuis 2 ans » (ou 4 ou 6…)
- Aujourd’hui, tu ne copies plus ta mère soumise, ok, mais tu « fais peur aux mecs ».
Voilà, on est dans une impasse. Et ça n’est pas le copain gay qui va nous aider à piloter notre féminité. Lui, il te trouve « vulgaire ». On est en pleine incertitude, en mal de repères. C’est peut-être juste un sas de transition mais, bien obligée de l’observer : pour se protéger des clichés féminins, ces filles se réfugient dans des attitudes de mecs. D’ailleurs c’est fou le nombre d’occasions qu’ « ils » ont de se « mettre la main au paquet ». Et c’est fou ce qu’on est choqués quand c’est une fille qui fait le geste. A quand la nouvelle Carte du Tendre ? Bon. On l’a compris, Marie Mahé, l’auteur et metteuse en scène déballe tout. Ses 4 personnages ne sont pas des exceptions. Ces filles ne sont pas des voyous, elles ont des métiers « normaux : chef cuisinière, joueuse de tennis, chanteuse-danseuse de hip-hop, infirmière… Certaines sont même « gentilles » et « adorables ». Mais voilà, elles n’en peuvent plus de cette obligation de séduction. De ce comportement intimidé qui mène aux abus des… « prédateurs ». Alors encore combien d’Eurovision, de révélations obscènes, de courageuses prises de paroles avant de trouver un nouveau mode de communication ? Y aura-t-il une nouvelle carte du Tendre en 2027 ? Pour nous autres, « anciennes », j’avoue, je ne leur suis d’aucune aide. Et de toutes façons, ils/elles n’écouteraient pas. |