Newsletter du 1 juin 2026

par Catherine | Juin 1, 2026 | Newsletter Archive

Patrick Bruel
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Patrick Bruel

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Auteur, interprète, acteur, homme d'affaires, tout lui réussit. Et les femmes sont à ses pieds. Pourtant, il affronte 30 plaintes pour abus sexuels et même viol.

 

Depuis Flavie Flament et la cascade des révélations anciennes, la chanteur star est en mauvaise posture. Mais pour ses fans, toutes générations confondues, c’est un cataclysme.

 

 

 

 

Patrick Bruel n’est pas le premier à chuter de son piédestal. « Mais lui c’est différent », vous disent les fans effondrées. Elles ont en gros de 20 à 55 ans. Pour elles, « Patrick », ça n’est pas comme PPDA, Nicolas Hulot, Depardieu, Polanski, voire Morandini ou Rochebin, et… tant d’autres. « Patrick, il m’a aidée à vivre… » Les autres approuvent. Alors c’est le sentiment de trahison qui domine. Une trahison personnelle. Même s’il n’y a pas eu de rencontre personnelle. « Patrick, je le connais », insistent-elles sans sourcilier. Quelqu’un rectifie : « Enfin, tu croyais le connaître. » Ben oui, ses chansons, ses concerts, son poker, son domaine d’oliviers et de vignes, ses interviews, ses sourires, ses confidences, sa vie, cette proximité, cette intimité tissée, à force. « En fait, si ! bien sûr qu’on le connaît ; mais on ne connaissait pas tout… » Silence. Incrédulité. Sidération. On a envie de les consoler. Mais quoi dire ? Devant l’énumération des plaintes. Les détails… Elles en ont les larmes. Ou des haut-le-cœur. « C’est pas possible. » Elles savent au fond que « si, c’est peut-être possible ». Elles ont lu les détails sordides sortis dans la presse. Un choc. De telles accusations sont déjà une souillure. Elles passent de l’effondrement au déni. « Patrick, c’est toute mon adolescence. » Elles sont des milliers, des dizaines de milliers à avoir cristallisé sur lui leurs premières émotions sensuelles. Des fantasmes. Des secrets.

 

 

Ses chansons c’est notre histoire

 

 

 

Il faut se réveiller. Grandir. Admettre. Regarder les choses en face : ton attachement à Bruel, c’est ton attachement à ta jeunesse. A des moments de ferveur, de douceur qui jalonnent tes souvenirs. Il y est associé, indéfectiblement. Ses chansons, c’est notre histoire.

On a eu beau railler la Bruelmania, forcé de reconnaître que ses triomphes étaient un phénomène proche des Beatles ou des Stones. Et même, trente ans après ses premiers succès, ses deux concerts de 2019 à la Défense Arena de Paris n’avaient pas tiédi l’hystérie. Il avait 62 ans, il maîtrisait son affaire : trois heures d’un show irréprochable. Une foule en délire. Et parallèlement, des plaintes aujourd’hui qui portent sur une période qui va de 1991 à 2019 justement. Que faisait-il en coulisses ?

 

 

Je sais tout de lui, et lui ne sait pas que j’existe

 

Les fans croient tout savoir de son quotidien, de ses pensées. Une fan entretient avec une célébrité ce que les psys appellent une relation parasociale : « Un lien émotionnel réel, unilatéral, non réciproque. On connaît tout de lui, il ne nous connaît pas. » Voilà. Il parle à mes émotions les plus secrètes mais il ne sait pas qui je suis. Il ne sait même pas que j’existe. C’est cette réalité-là qu’il faut affronter.

Les fans soudain interloquées devant les deux faces contradictoires d’un même amour. « Il est malade… » Sex-addict. De là à dire que c’est pas de sa faute. Et d’évoquer Michael Douglas qui s’est épanché sur son traitement intensif pour soigner son addiction au sexe. Une pathologie.

Elle a bon dos, la sex-addiction. Comme un héroïnomane en manque, un sex-addict perd-il son self-control ? Les hommes ne sont pas tous égaux devant leurs pulsions. Les stars adulées ont-elles plus de peine à se maîtriser ? Puisque leur entourage leur passe tout, ils croient que tout est permis ? Ou est-ce l’hubris ? Ce vertige de toute-puissance. On en parle beaucoup à propos de Trump. Il faut dire qu’il correspond bien à la définition : les Grecs de l’Antiquité avaient inventé ce concept pour sanctionner la démesure de ceux que l’orgueil dévorait. Une faute, selon Socrate. Pas une maladie. Une faute caractérisée par l’hyper-narcissisme, l’absence d’empathie, une confiance en soi quasi illimitée, une impulsivité chronique. Une démesure aveugle appliquée aux hommes de pouvoir, et qu’il convenait de punir. D’éradiquer.

 

L’intelligence, le savoir, la culture n’arrangent rien à « l’hubris »

 

 

Pourquoi notre époque semble-t-elle ouvrir les yeux maintenant sur ce travers de l’hubris ? Parce que dans notre contexte de sauvagerie, de brutalité, de grossièreté, « l’hubris » semble décidément très à la mode. Ces amoureux d’eux-mêmes ont-ils jamais appris les bonnes manières ? le respect, l’attention à l’autre ? En admettant qu’une telle éducation leur ait été donnée, se seraient-ils permis tous ces abus ? Ou est-ce l’adulation qui les a perverti ? Qui a annihilé leur clairvoyance et leur sang-froid ? Ce qui surprend dans l’effarante énumération des mecs incriminés, ( DSK, Olivier Duhamel, Weinstein…) c’est que l’intelligence, le savoir, la culture n’arrangent rien. L’andropause va-t-elle les calmer ?

 

A présent – merci le mouvement Me-Too – il faut affronter les faits. Rendre des comptes. S’excuser. Et payer la facture.

N'empêche. Le mal est fait. En quittant les fans en deuil, on lit leur souffrance, elles qui n’ont rien subi. Juste une tristesse. L’image abîmée d’une illusion naïve. L’idole est tombée dans l’abîme.

 

 Bruel continue de jouer au théâtre Edouard VII jusqu'à la fin, le 7 juin, mais il a annulé ses concerts de l'été

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