Essayez de dialoguer dans la rue, les musées avec les innombrables touristes américains » en France : ils fuient Trump, viennent chez nous se remonter le moral. Et apprendre à gueuler, se révolter.

Les Américains ont toujours aimé la France, Paris, notre cuisine, notre art de vivre, notre élégance, nos femmes qui restent minces tout en mangeant du foie gras… Les clichés. Notre culture, notre longue histoire, notre érudition… Mais là, ils viennent chercher autre chose : ils ont un besoin désespéré de réconfort. Eux, toujours si positifs, joyeux, optimistes au point parfois de nous agacer par leur tout-va-bien permanent, eh ben, ils dépriment. Perdu leur ressort. Un blues indicible. Et c’est en France, le plus gros consommateur d’anti-dépresseurs et d’anxiolytiques qu’ils viennent chercher de quoi recharger leurs batteries à plat. Tellement anéantis, tétanisés par ce que devient leur fière nation démocratique depuis l’avènement de Trump.

Trump : un coup de matraque au moral

Eux, les amoureux de l’ordre, de la légalité, du respect des conventions, ils débarquent au pays des grèves et des révolutions afin de retrouver un peu de ce qu’ils aiment, au fond : la liberté, l’humour, la légèreté. Un peu de bonheur de vivre. Le règne du Gros les a décidément assommés, c’est incroyable. Et je ne parle pas seulement de nos amis intellos, humanistes, ouverts, à New York, Los Angeles, Chicago, Washington…ceux qui lisent, qui travaillent dans la presse ou la production, oeuvrent sur le climat, les vaccins, la recherche ou la sociologie féministe. Je parle aussi des autres : je parle des petites villes, de cette « Amérique profonde », des employés des Parcs et Forêts, des transports, des programmes sociaux, des agences fédérales qui licencient par milliers à cause des coupes budgétaires, des femmes et des hommes de ménage, des ouvriers de

Tesla, des pauvres qui perdent de leur petit pouvoir d’achat, et des riches républicains qui perdent leur personnel immigré.

Je résume. Mais quand on les écoute, quand je relis sur mes mails leurs messages déboussolés, je mesure leur prise de conscience affolée : « autocracy », « autoritarism », « fascism ». Les incendies de l’été semblent les avoir moins affectés que cette nouvelle ambiance. On dirait qu’ils ont peur. Oui, les Américains ont peur de devenir « a dictatorship ».

Même Angelina Jolie se décide à l’ouvrir

D’ailleurs même la très réservée Angelina Jolie mouille la chemise, elle, la championne de la langue de bois (je l’ai interviewée, une purge !) ; elle avoue son « inquiétude » : « J’aime mon pays. Mais en ce moment, je ne le reconnais pas ». Elle ajoute, faisant allusion à la suspension de l’humoriste Jimmy Kimmel sur ABC (qui se moquait du pseudo-deuil de Trump après l’assassinat de Charlie Kirk, instrumentalisé par les Républicains) : « Nous traversons une période tellement grave qu’il faut faire attention à ne pas tenir de propos inconsidérés. Nous traversons tous ensemble une période très, très difficile. » Pour quelqu’un qui n’aime pas donner son avis, c’est un grand pas en avant. Avant elle, nettement moins timorés, Robert de Niro, Sharon Stone, Tom Hanks… ont récemment exprimé leurs critiques virulentes.

En Amérique, 3 fois plus de manifs anti-Trump qu’avant Contrairement à ce qu’on croit en Europe, les citoyens américains se rebiffent. Ils descendent dans les rues, comme des Français ! C’est nouveau. La Fondation Jean Jaurès rapporte : « En 2025, on compte trois fois plus d’événements protestataires qu’en 2017, première année du premier mandat de Donald Trump. Manifestations, rassemblements, veillées, etc., entre le 1er janvier et

le 31 août 2025, plus de 25 400 événements ont été répertoriés, contre 7500 sur la même période en 2017. » Donc ça se réveille. Les sondeurs précisent que, en nombre de villes mobilisées, on a doublé le score : « En 2017, des événements avaient été organisés dans 1900 localités différentes entre le 1er janvier et le 31 août. En 2025, 2800 villes ont été le théâtre de protestations au cours de la même période. » Tout espoir n’est pas mort. On se souvient du slogan radical des protestataires « No King » le jour de l’anniversaire de Trump, le 14 juin dernier : « Pas de trônes, pas de couronnes, pas de rois ». Le rouquin se prend pour Louis 14 ?

Pour dépeupler l’Amérique : No sex

Certaines femmes pensent avoir trouvé la solution : no sex. Elles reprennent le « 4B movement » né en Corée du Sud afin, là-bas, de forcer l’Etat à imposer l’égalité salariale et casser la soumission féminine. Aux Etats-Unis, le « no sex movement » vise à contrer l’exhortation de Trump à faire des enfants, interdire l’avortement, défier son virilisme décomplexé et ses insultes du genre « Ne devenez pas des femmes à chat sans enfants ». C’est d’un chic. Réponse des militantes sur X : «Il faut commencer à réduire la population et l’économie. Il n’y a pas de pays à diriger si les taux de natalité commencent à diminuer. Ne cédez pas jusqu’à ce qu’ils commencent à écouter ». Une autre : «C’est le bon moment pour lancer le mouvement 4B, pour que la solitude des hommes devienne une épidémie, puisqu’ils détestent tellement les femmes» Réponse du berger à la bergère : «C’est le mouvement des femmes moches. Seules les belles femmes conservatrices devraient se reproduire». C’est aussi ça, l’Amérique, misère intellectuelle et désolation.

Des pauvres qui osent gueuler !

Pour se remotiver, nos amis américains nous avouent être allés observer la grande manif à Paris le 18 septembre dernier, entre Bastille et Nation. Ils sont rentrés bluffés. Bluffés par cette foule (55’000 Parisiens) sûre de son bon droit. Et par « ces travailleurs très modestes qui ont une conscience politique, qui osent gueuler. » Souvent prompts à nous traiter d’ « enfants gâtés-assistés toujours en grève », ce soir-là, ils enviaient notre capacité mobilisatrice, notre foi révoltée. « We can learn from you… » Inoui.