Les sites de rencontres, ça lasse. Pour enrayer cette « dating fatigue », Meetic vend un coffret qui n’a rien de virtuel pour réapprendre à se parler « en vrai » ! On en est là ? Misère !

« Salut, ça va ? Quoi de neuf ? Tu fais quoi dans la vie ? » Pour emballer, c’est pas gagné. Il faut faire des efforts. Séduire, intriguer, accrocher, conquérir… Se révéler, montrer une curiosité constructive pour l’autre. Ca n’est pas parce que maintenant on rencontre sa promise (son promis, son sex-friend, son complice…) via les sites de rencontres (je like, je passe…) qu’on peut se passer de l’entrée en matière.

Comment faisait-on quand ces plates-formes n’existaient pas ? On draguait, on se faisait de l’œil, on harponnait avec un sujet, bref, on se débrouillait pour entrer en contact. Sans portable, on ne communiquait pas par sms, avec des emoticones qui font le boulot. On se creusait les méninges pour être original (e), ne pas se faire rembarrer… Le marché était moins encombré : au moment des avances, on était seul (e ). Aujourd’hui sur le site, quand tu as capté le regard, il te faut entretenir l’intérêt car la concurrence menace. Trouver des sujets d’échanges, entre info et légèreté. Ca semble évident. Au début peut-être. Mais passé les présentations, comment approfondir ? Un casse-tête. Les équipes de Meetic se sont aperçues qu’on ne sait plus converser ! Sondage « Dating Lab » à l’appui, dans 38% des cas, faute d’imagination, la conversation s’arrête au bout de deux messages ! Deux ! Combien d’occasions ratées !

Lassés des sites de rencontres ?

Le « Dating Lab » de Meetic est devenu carrément un centre de recherches, un laboratoire des alchimies concomitantes. On a tellement perdu l’habitude de se parler que maintenant il faut ré-apprendre le b.a. BA. Meetic devient votre coach. Un coach pour flemmards (des). Car le site observe une « dating fatigue ». Plus envie de faire un effort. Passé

l’enthousiasme des débuts, l’excitation du « dating » vire à la « dating routine ». Lassitude. Un rien blasés, les habitué (e ) s vous expliquent qu’on commence à connaître le cheminement par cœur. D’abord on like, on sélectionne. On élimine selon nos critères… L’orthographe, les fautes de français, les clichés, les niaiseries, la vulgarité… On sonde nos affinités. Ensuite, on décide d’avancer : on se parle au téléphone ; entendre sa voix peut être un choc. Positif ou négatif. En visio, c’est encore plus risqué. Si l’on franchit le cap, et qu’on passe au tête-à-tête, là, pour 46 % des candidat (e ) s, c’est carrément l’angoisse. Presque la moitié des célibataires avouent piteusement ne pas savoir quoi dire lors d’un premier rendez-vous. Et 52 % n’arrivent pas à maintenir une conversation fluide.

C’est quoi, « une conversation fluide » ? C’est un ping-pong de questions-réponses, d’observations, commentaires fûtés, amusants… suivis d’un rire, d’une relance ? Non-non-non. Cela, c’est dans les films. En vrai, pour maintenir « une conversation fluide », il faut bosser. Réfléchir. Surfer entre profondeur et superficialité. Se pencher sur ses propres désirs, son passé, ses échecs, se mettre à la place de l’autre, et surtout… écouter. Oui, Messieurs, ça semble être votre point faible. Ecouter vraiment, et retenir la réponse afin de relancer. Un peu comme un journaliste.

Questions nunuches mais c’est mieux que rien

Pour piloter les timides, les empotés, les égocentrés, Meetic a convoqué une spécialiste dans l’art de la conversation, Fanny Auger, auteur du podcast « L’art de l’attention », et de « Trèves de bavardages » (éd. Eyrolles) sur l’art de la conversation. Cette experte a donc cogité une quarantaine de questions et un petit bouquin, « Love starter, Kit de conversations amoureuses. De vraies questions pour de vraies rencontres » (éd. Eyrolles,19,90 euros). Elle vous mâche le travail : ses questions sont numérotées, de la plus générale à la plus personnelle. Il y a celles « avant » la rencontre, et celles « pendant ». Franchement, lues à froid, ça sonne un peu nunuche. Par exemple : « En quoi penses-tu que ton milieu a façonné ta personnalité ? » ou « Quels changements aimerais-tu voir se réaliser dans ta vie ? » « Qu’est-ce que tu apprécies le plus dans le fait d’être dans une relation ? » « Les choses pour lesquelles tu te sens reconnaissante envers tes parents ? » « Quels accomplissements font ta fierté ? », « Quel

est ton moteur dans la vie ? » « Quel modèle de couple t‘inspire le plus ? » « Qu’aimes-tu faire pour te détendre ? » etc, etc. Ne riez pas. Ou prenez la chose à la rigolade et venez au rendez-vous avec votre coffret de questions, comme un jeu bébête entre niaiserie et aveu de… vacuité.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : notre peur du ridicule assèche notre inspiration. « J’aurais l’air de quoi ? » Manque d’assurance ? Besoin de garder le contrôle ? Gêne autour du sujet de l’amour et ses avatars ? On devient timoré ? Ou on n’a plus envie ? Plus de désir ? Plus d’effort ?

Bien obligé d’observer que quand on se rencontrait « au hasard », on se posait moins de questions. On osait faire confiance, et prendre confiance. Là, on doit intégrer un nouveau logiciel de relations humaines. Pragmatique et rapide. Efficace. Voilà : l’amour efficace. Rentable. Eh bien, non. L’amour c’est plus compliqué. La preuve par l’absurde avec « Love Starter » ce coffret pour paresseux.

Catherine Schwaab