Jean Pormanove, souffre-douleur aux 500’000 abonnés, a succombé en direct aux tortures infligées par ses associés. Qui était-il ? Qui serons-nous demain face à ce business de la cruauté ?
Il avait grandi en Alsace, entre cinq frères et sœurs, un ancien militaire. Raphaël Graven alias Jean Pormanove était entré dans l’armée vers 18-19 ans, et peut-être aurait-il dû y rester au lieu de quitter ses frères d’armes dix ans plus tard, à 28 ans. Il avait besoin de ce cadre autoritaire. On n’a jamais conscience de sa vulnérabilité.
Une mentalité de gosse obéissant
Avant de devenir une pauvre gloire des réseaux sociaux, il cherchait sa voie. Il approchait la trentaine, avec une mentalité de gosse obéissant. Ses proches (son petit frère, une collègue de l’armée) le décrivent : « Quelqu’un de droit », « au carré », « le coeur sur la main » . Le contraire d’un pervers masochiste. Un mec gentil. Simple. Simple d’esprit ? Pas si simple. Des milliers d’individus sous emprise ne sont pas des simples d’esprit. Le glissement est pernicieux. Entre hypersensibilité, souffrance et docilité.
Plus de balises
Avant de gagner jusqu’à 6000 euros par mois pour se faire torturer, Raphael Graven a exercé des boulots alimentaires, solitaires : cantonnier, postier,
agent d’entretien. Là, il n’était plus soldat, libéré de son commandant militaire, plus de surveillance, plus d’ordres, plus de réprimandes, et… plus de balises. Cette solitude après neuf ans de vie en troupe a été son engrenage. Avec les jeux vidéos. Ce trentenaire immature était fan du best seller « Fortnite » (où les joueurs « sauvent le monde » en se tirant dessus jusqu’au dernier survivant).
Basculement masochiste
L’isolement du covid a été son déclic : il va devenir streamer, se rebaptise « Jean Pormanove », et filme ses réactions de joueur paroxystique où, déjà, il se donne un rôle de looser.
Quand il déménage près de Nice en 2022, il s’associe à d’autres streamers. « Malsains », qualifie un copain. En effet : les confrères le poussent dans sa spirale d’auto-dénigrement. Et ça devient les jeux du cirque avec les internautes dans les gradins du forum qui misent sur toujours plus de claques, de coups sur la tête, dans les côtes, de jets de liquides, d’avilissement, avec à chaque fois, une somme versée pour l’accomplissement du sévice. Certains spectateurs paient jusqu’à 50 euros pour voir leur insulte imprimée sur l’écran.
Spectateurs de 20-30 ans : des désaxés ?
Il paraît que lesdits spectateurs (majoritairement masculins) ont entre 20 et 30 ans. C’est la génération montante, celle qui qui va diriger le monde de demain. Qui sont-ils, ces sadiques anonymes ? Qu’éprouvent-ils ? Leur
pouvoir ? Leur perversion cachée ? Leur virilité ? Leurs frustrations ici extériorisées ? Faut-il accumuler une telle hargne contre le monde, de tels complexes d’infériorité pour jouir de ces scènes à vomir. Deux mille ans de civilisation, d’inventions prodigieuses, de génie humain pour en arriver à… ces désaxés ?
Malade de vouloir briller
Souvenons-nous du scandale des lancers de nains, interdits en 1995, avant les réseaux sociaux. Manu, le « Nain volant » casqué et en cape de Batman, reste encore aujourd’hui inconsolable d’avoir perdu son « travail ». Pas bête pourtant, il préférait la renommée du « show » à la dignité… Le besoin de briller coûte que coûte frise la pathologie.
Le « gentil soldat alsacien » avait sans doute une « fragilité ». Sur sa chaîne, plus influençable qu’influenceur, il passait alternativement des cris de souffrance horribles aux sauts de joie hystériques. Il chérissait sa célébrité perverse et son argent, mais sentait la fin approcher. Quelques jours avant sa mort, à bout de résistance, il écrit sa douleur à sa mère : « Là, ça va trop loin. J’ai l’impression d’être séquestré. » « Tu as maigri » lui répond la mère. C’est tout ? Personne dans la famille, les gens qui l’apprécient pour venir l’arracher à ce supplice ? A ce business de la cruauté ?
Au bout de 298 heures non-stop (12 jours) et 36411 euros au compteur, Raphaël Graven, alias Jean Pormenave, a succombé à ce show morbide. Est-il mort fier de lui-même ?
Ce qu’on ne dit pas c’est que son compagnon de souffrances, Coudoux, handicapé sous curatelle, qui a subi les mêmes tortures est, lui, toujours en vie. Dans quel état ?
Quant aux bourreaux, ils ont été bannis de Kick, la plate-forme (australienne) mais ils prospèrent, merci ! Owen Cenazandotti alias Narutovie, dispose de près de 100 000 abonnés sur Instagram, de 160 000 sur Tiktok et de plus de 460 000 sur Snapchat. Une affaire qui roule.