| Ce sont deux histoires vraies. Les deux personnages autour desquels sont construits ces deux films ont existé et marqué leur temps. Une dimension historique qui, toujours, apporte un supplément d’intensité. Et il y a l’incarnation : Russel Crowe qui a pris 20 kilos pour interpréter Goering ; et Reda Kateb qui, fidèle à son jeu épuré, dégage une crédibilité immédiate. J’avoue, je préfère les histoires vraies. Ou les histoires inspirées de faits réels. Ou les personnages qui ont existé. J’aime les œuvres qui offrent leur regard créatif sur les évènements de nos vies. L’artiste, le cinéaste n’est pas journaliste. Et pourtant il a fait des recherches d’historien. Pour James Vanderbilt, Goering était un monstre… et aussi un père, un cerveau curieux et intelligent. Pour Jean-Paul Salomé, et pour les flics de l’époque, Jan Bojarski était « le Cézanne de la fausse monnaie » , et un taiseux tellement introverti qu’il est resté bloqué dans la clandestinité. Ici, les deux acteurs sont des turbos de première force. Rien que pour les admirer, ces deux films sont importants. « Nuremberg » Crowe : 20 kilos de plus et la pureté du jeu Le film de James Vanderbilt raconte la préparation du procès des dirigeants nazis (Göring, Rudolf Hess, Julius Streicher, Karl Dönitz), et le lien qui se tisse entre le monstrueux Göring et le jeune psychiatre (Rami Malek) chargé de l’évaluer. Le parti-pris du film, est de faire apparaître la faiblesse de Douglas Kelley le psychiatre, visiblement subjugué par l’autorité de Göring. Et ça n’est pas seulement une question de poids, même si, en effet, Malek, 44 ans (il en fait 35), apparaît bien fluet et juvénile face à l’imposant Russel Crowe, 62 ans, qui a pris vingt kilos. Il a eu raison de grossir ; ce côté bouffi est inimitable, il sert son jeu minimaliste. Mais Crowe n’en rajoute pas dans la « germanitude ». Il a une pointe d’accent allemand, il « fait » terriblement gros nazi suiffeux, mais pas dans la caricature. Et pourtant, il « envahit » tout. Entouré d’interprètes impeccables, l’acteur australien retrouve un grand rôle à la mesure de son épaisseur. Et le film est très bien fait, entrecoupé d’images d’archives, il est à la fois palpitant et rigoureux. Il dure 2 heures 28 mais on ne s’ennuie pas une seconde. L’affaire Bojarski : Kateb minimal exprime tout Depuis que j’ai (re-)découvert Reda Kateb dans « Hippocrate » de Thomas Lilti où il incarnait un interne à l’hôpital, j’essaie de ne rien rater de ses prestations. Là encore, il est bluffant de vérité. Il incarne donc un Polonais victime de la ségrégation en France après la guerre et qui, malgré son diplôme d’ingénieur, ne trouve de boulot. Pour faire vivre sa famille, et pour ne plus dépendre d’un boss, il se met à son compte… et va fabriquer de faux billets. Pendant la guerre, il faisait de faux papiers ; aujourd’hui, un faux billet de 500 nécessite beaucoup plus de temps. L’homme est un tel perfectionniste qu’il va abuser tout le monde pendant des années… Bravo à Jean-Paul Salomé pour la rigueur de ses recherches, et bravo à Françoise Dupertuis, la chef déco, pour ses innombrables décors et panoramas qui nous propulsent dans les années 40, 50, 60, 70. Car on plonge dans toutes ces époques. Le film est à la fois une fresque, une description des techniques (très) artisanales de contrefaçon, une poursuite policière, et la peinture minutieuse des profils psychologiques dans ces années « vintage ». Reda Kateb réussit à nous faire ressentir le stress intérieur, les tumultes cachés dans ses tripes et l’obsession névrotique du zero-défaut. On glisse dans sa tête, on est écartelé comme lui. C’est très fort. On sort du film plus riche, plus informé, et empli de ce Bojarski-Kateb qui nous accompagne encore longtemps. |