Newsletter du 10 décembre 2025

par Catherine | Déc 10, 2025 | Newsletter Archive

Agriculteurs : nouveaux Prix Nobel

Survivre dans le développement rural devient tellement mission impossible qu’il va falloir inventer un titre universel pour en glorifier les apôtres. Un échantillon ce week-end  du 12 au 14 décembre, à Asnières-sur-Seine

 

Pas de congés, pas de  vacances, peu de revenus, peu de coquetteries, peu de distractions, beaucoup de dettes et pas mal de suicides… On en fait des films, des reportages, des débats, ils occupent les unes pas toujours pour les meilleures raisons. Ces temps-ci, c’est l’agriculture de France qui n’arrive plus à nourrir sa population, la pollution des nappes phréatiques qui nous prive d’eau potable, l’arrachage des vignes dans le Bordelais… Misère. 

Pourtant, comme pour les soignants, comme pour les enseignants, des vocations se font jour. L’amour de la nature, le retour à la terre, les envies, les défis. Régulièrement, on découvre des portraits de bienheureuses reconversions, de courageux tandems qui se jettent à l’eau, (enfin, aux labours), des paysans, paysannes new look venus des villes qui se lèvent aux aurores pour aller traire, semer, récolter, fromager, vinifier… « Je gagne moins, je bosse plus, mais je suis plus heureux » confient-ils en résumé, le visage creusé par la fatigue. Ouais… Bon. Respect. En ville, on dort plus. On a beau râler contre les gaz d’échappement, la saleté, les embouteillages, les grèves du métro, les prix des restos, l’agressivité urbaine, Hidalgo… On préfère être à notre place qu’à la leur. 

A Asnières, ce week-end, ils vendent et se racontent…

Justement, à leur place, on aurait tenu combien de temps ? Et d’ailleurs, connaissons-nous vraiment leur quotidien de jeune agriculteur aujourd’hui, en 2025 ? Savons-nous que certains se débrouillent mieux que nous pour monter leur site de vente en ligne, trouver des aides, créer une chaîne de solidarité, diversifier les sources de revenus et assurer la promotion ?

Si vous voulez leur parler en direct, le « marché de Noël » d’Asnières-sur-Seine du vendredi 12 décembre au dimanche 14 décembre vous ouvre ses stands et lève le voile sur ces héros des temps modernes. Certains ont vécu de vraies sagas. Des reconversions, des flops, des rebondissements, des succès, des combats…. Ce marché de Noël d’Asnières a sa légende : elle s’appelle Jean-Pierre Coffe. Le hérault gastronome, follement érudit, généreux, et… impossible à berner. C’est lui qui créa l’évènement il y a déjà 20 ans. Facile : il connaissait tous les marchés de France depuis 30 ans. Il est mort en 2016. Un de ses disciples, Sébastien Auvinet, reprend le flambeau avec l’écrivain Laure Gasparotto, historienne et oenologue qui publie ces jours-ci « Quand l’Orient inventait le vin ».

Alors si vous voulez faire vos provisions, ne bridez pas vos envies. Mais aussi : si vous souhaitez en apprendre sur leurs vies, vous allez découvrir des personnages. Quelques exemples ?

 Amélie et James Clayton, la révélation près de Dax.

(photo ci-dessus).

Lui est anglais, elle, beauceronne, ils se sont rencontrés dans les Landes, sont tombés amoureux et ont racheté une exploitation de canard gras, transformation et vente directe. Ils n’avaient ni amis, ni famille pour les aider, les tuyauter…  Eh bien, depuis 2019, dans leur ferme Escazaous, ils élèvent en plein air des canards (de 1 jour à 16 semaines), les nourrissent avec du maïs (sans OGM) cultivé à la ferme. Ils transforment leurs canards en foie gras entier ou mi-cuit, cuisinent rillettes, pâtés, confits, magrets fourrés au foie gras… ainsi qu’une gamme de bocaux de légumes, dont la fameuse garbure. Plus de l’huile de colza et de tournesol (pression à froid), évidemment produites avec le colza et les tournesols du coin ! Ils ont maintenant deux enfants bilingues, biculturels, et multi-spécialistes ! 

Stéphanie et Gaël Souchet, le redémarrage à Cognac

 

Ils ont travaillé l’un et l’autre en région parisienne, lui comme ingénieur en aéronautique, elle dans la santé. En 2008, ras-le-bol de la grande ville, retour sur les terres familiales où ils reprennent l’exploitation familiale de 20 hectares, la modernisent et la font décoller : leurs Cognac et Pineau des Charentes AOP sont super bien cotés.

Simon Debord, noix qui roule

 

En 2021 – il a 32 ans – il est Ingénieur dans l’automobile de compétition à Francfort. Il décide de changer de vie, de revenir à la ferme, sur l’ exploitation familiale où exerce son frère ; le père vient de prendre sa retraite. Comme il n’y a pas assez d’activité pour deux, il rachète une noyeraie – 10 hectares de noyers – pour produire des noix coque AOP Périgord, de la farine de noix, de l’huile de noix, des noix cerneaux, tout en Bio.
Aujourd’hui à 36 ans, il ne regrette rien, jeune papa d’un petit Léon né en juillet 2024.

Bravo et revenez l’année prochaine !

Bref, des aventures humaines et des défis relevés, dans ce monde impitoyable de l’ agriculture, il y en a des centaines à Asnières ce week-end. On envie leur passion, leurs produits inspirent confiance, leur persévérance force l’admiration. A leur place, on ne saurait pas faire mais, ouf, heureusement qu’ils existent ! 

https://asnieres-sur-seine.fr/actualites/detail/fabuleux-marche-de-noel-gastronomique-et-artisanal

 

 

Le Petit St Benoît, un resto à l’ancienne, bon et honnête !

Un resto légendaire (1901 !) autrefois dédié aux Parisiens fauchés et aux étudiants en médecine voisins. Le Petit Saint Benoît (4 rue Saint Benoît – Paris 6) avait décliné, on l’avait déserté. Le voilà qui reprend du poil de la bête grâce à un nouveau gérant, Laurent Nègre, également en charge de La Grille Montorgueil (aussi mythique) et de L’Etincelle, pl. Clichy. Rénové, repeint, mais avec toujours la même ambiance chaleureuse un peu auvergnate, ce lieu cultive son charme, améliore grandement sa cuisine sans gonfler ses prix. Ca devient une rareté. Les mets sont vraiment bons (20-25 euros), les vins aussi, (38 à 48 euros les bouteilles de (bon) Côte du Rhône). Allez’y les yeux fermés, dans ce quartier St Germain où les arnaques sont plus nombreuses que les opérations honnêtes et les prix scrupuleux.  

https://lepetitsaintbenoit.fr/fr 

 

« Fauves »: un vrai page-turner !

J’avoue, je ne connaissais pas cet auteur, Melissa da Costa. Elle est pourtant abonnée aux gros tirages en millions et traduite en 45 langues. Ecrivain « populaire » ? A bas le snobisme et bravo ! Son pavé de 500 pages, on s’en délecte. Même Trappenard de la Grande Librairie trouve son succès mérité. C’est une plongée très bien informée dans le monde du cirque, en particulier, les dresseurs de fauves. Pas très écolo, mais passionnant. A travers le parcours d’un jeune paumé qui atterrit parmi les « gens du voyage », on en apprend plein sur la psychologie des lions, des lionnes, des tigres, des panthères nébuleuses et sur la solidarité indéfectible des familles du cirque. Aussi sur leur machisme galopant qui aurait bien besoin d’un coup sur le museau. « Fauves » est bien écrit, très documenté, les personnages vivants, le suspens palpitant, avec un découpage cinématographique qui ferait une super-série Netflix. Enfin, il faudrait trouver des lions qui acceptent de tourner…

Fauves par Melissa da Costa – éditions Albin Michel – 480 p. 24 euros.  

https://www.fnac.com/a22014661/Melissa-Da-Costa-Fauves

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