Newsletter du 13 mars 2026

par Catherine | Mar 13, 2026 | Newsletter Archive

Boulimie

La boulimie : même les actrices…

Les saluts sur la scène du Funambule avec pour seul décor un frigo multi-usages. De gauche à droite : Marie Petiot, Aurélie Bargème et Maxime Perrin

Les désordres alimentaires augmentent chez les jeunes pour atteindre les 5 % de la population. Raconter son expérience d’ancienne boulimique était donc bien utile. L’actrice Aurélie Bargème l’a fait. Edifiant !

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Quand le théâtre – et non plus seulement le stand up – commence à se pencher sur nos problèmes (très) intimes, un éclairage nouveau surgit sur ces questions : entre « Les monologues du vagin » et « Ménopause », deux gros succès, eh bien, la scène a eu le mérite de casser des tabous. Et il faut de l’audace. Plus que dans un film ou une fiction télé. Comme actrice, vous êtes, en chair et en os, devant une salle qui réagit au récit brut, aux mots crus, à une narration qui vous implique. Heureusement, vous n’êtes pas seule en scène, vous êtes trois, il faut bien s’épauler. La densité du propos passe mieux avec ce ping-pong verbal.

Au Théâtre Le Funambule à Montmartre, ils sont aussi trois pour révéler une histoire intime qui sonne comme si c’était hier. Aurélie Bargème interprète sa propre histoire, Marie Petiot incarne une douzaine de personnages avec un brio époustouflant, et le musicien Maxime Perrin joue à la fois de ses instruments et de son contrepoint ironique. Le tout mis en scène habilement par le délicat Didier Brice.  

L’actrice principale a maintenant la cinquantaine, elle revient sur cette pathologie qui a pourri sa vie de 17 à 30 ans, la boulimie. Pendant 1 heure 15, elle balance tout : cette compulsion irrépressible, ce besoin de « se remplir » par la bouffe, puis de se vider par les vomissements, les tentatives de se soigner, les dialogues avec sa mère, avec ses thérapeutes, avec une autre boulimique, puis chez les boulimiques anonymes – pardon, les « outre-mangeurs » anonymes ! – , avec sa boulangère à qui elle achète dix pâtisseries qu’elle va dévorer toute seule, et ce type qui la traite de « vache laitière » (d’où le titre)… puis, le déclic aujourd’hui avec sa fille ado. Sa fille chérie qui a bientôt 17 ans, et qui, comme elle autrefois, se soucie de ses -« grosses » – cuisses. C’est ce qui lui a fait prendre la plume, à Aurélie, pour se confier, sans filtre. Dire qu’elle a touché le fond mais qu’elle s’en est sortie.

Les ados plus vulnérables qu’autrefois ?

Un spectacle de salut public car rien n’a changé. Pendant le covid, solitude oblige, les chiffres des désordres alimentaires chez les jeunes ont fortement augmenté. Et ils n’ont pas diminué avec le retour à la normale. Au contraire : avec Tik-Tok, le phénomène s’accentue, comme si les réseaux sociaux encourageaient le désespoir addictif. C’est 3 à 5 % des 11-20 ans qui souffrent d’ « hyperphagie » – 1,5 % sont anorexiques. Et les filles ne sont plus les seules à sombrer, un tiers des désordres alimentaires touchent maintenant les garçons. Image corporelle dévalorisée, manque de confiance en soi, perte d’identité… Les vulnérabilités classiques de l’adolescence prennent aujourd’hui des tournures dramatiques. Pas mal de stars sont passées par là aussi, elles l’ont révélé, très cash : Karin Viard, Kate Winslet, Lady Di, Lady Gaga, Elton John, Britney Spears, Lily Allen, Jane Fonda, Victoria Beckham… Cette douloureuse tendance à l’auto-sabotage ne fait pas de quartiers.

Le théatre libérateur

Dans « Les vaches laitières ont aussi de beaux yeux », tout est vrai, et c’est plein d’infos. Pour l’auteure, ce spectacle sonne comme une façon de boucler la boucle.

Vu les réactions du public, la pièce remue dans l’estomac : les addictions, la haine de soi, la honte, la culpabilité, mais aussi le rapport mère-fille, la transmission et la non-contagion; non, la boulimie n’est pas héréditaire ! 

Au bout du compte, dans ce « déboutonnage » très culotté, on comprend une chose : le théâtre l’a sauvée. Et pourquoi ? Parce qu’il est un vecteur de tous les complexes. Actrice sur scène, vous prenez vos distances, vous pilotez votre engin, vous êtes une autre. Mais cette autre, c’est vous ! Et on vous applaudit. C’est une catharsis.

Conclusion : inscrivez vos ados aux cours de théâtre, ils ne sont pas comme vous, ok, mais ils en tireront toujours quelque chose.  

 

« Les vaches laitières ont aussi de beaux yeux » au théâtre Le Funambule à Montmartre jusqu’au 29 avril 2026, les mardis et mercredis.

 

Aurélie Bargème a été animatrice de télé, sur M6 Boutique et sur Telemaison (« Les jardins d’Aurélie ») et actrice dans des séries populaires (Un si grand soleil, Joséphine ange gardien, Cassandre…)

« Juste après Dieu, il y a papa » par Eric Emmanuel Schmitt

L’auteur connaît l’œuvre et la vie de Mozart par cœur, il a voulu ici lui donner chair, de l’enfance à la mort. Et c’est passionnant. Le rapport ambivalent à son père aura des résonnances en beaucoup de lecteurs : l’idolâtrie puérile, puis le dégagement progressif de l’emprise. Tuer le père… Wolfgang prend chair, maturité et passion, et on y croit. Car l’écriture est sophistiquée, précise, imagée, très belle. Le livre déborde d’émotions, d’interrogations créatives, de dialogues fûtés, humoristiques entre des personnages qui ont existé. Pas de niaiserie, et beaucoup d’infos sur l’époque : la pauvreté, les contrats léonins, l’humiliation, les compromis, l’inspiration fulgurante, la radicalité sans concessions. Pour finir, le génie, ça coûte cher…

Ed. Albin Michel

« Schmattès » par Guillaume Erner

Avant d’être un brillant sociologue et une des voix de France Culture (tôt le matin, dès 6 h) l’auteur a appris la vie dans le Sentier à Paris. Le Sentier : quartier de la fringue dans les années 80-90, entre séfarades et ashkenazes et beaucoup d’émigrés de tous pays. « La vérité si je mens » a bien rendu l’ambiance. Ses parents y ont prospéré avec rigueur et méticulosité, lui s’est fait pincer pour avoir un peu trafiqué les comptes…. C’est très bien écrit, vif, nerveux, plein de formules, de personnages incroyables, hilarant et passionnant. Bourré de révélations sur les méthodes de grosse cavalerie pour tenir financièrement, débordant de réflexions sur les juifs d’ici et de là-bas, les sombres et les joyeux, sur le style, le geste d’achat, la logique marketing d’une petite marque de prêt à porter, les relations dans ce milieu complètement cinoche. C’est unique et ça se dévore.

Ed. Flammarion

 

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