Newsletter du 15 juillet 2026

par Catherine | Juil 15, 2026 | Newsletter Archive

portables en haut parleur
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portables en haut parleur

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Haro sur les hauts-parleurs !

 

 Je me bats peut-être contre des moulins mais trop c’est trop. Pas la canicule, pas les impôts, pas la fast fashion, pas les touristes…  Non, contre le haut-parleur téléphonique partout. Une pétition parle de "dérive collective irrespectueuse normalisée par l’habitude". Non !

 

 

 

Dans le métro, au café, à l’arrêt du bus, dans la queue du musée, la queue du supermarché… On se retrouve spectateur malgré soi d’un show vociférant impossible à zapper. Une cascade de décibels débiles. Où l’on se retrouve pris en otage de conversations domestiques, de répondeurs automatiques en boucle, de jeux, de match de foot, de selfie Tiktok… Et où faire remarquer que « ton son me dérange » peut se révéler risqué. Je peux en parler, j’ai essayé.

Pourtant je suis curieuse de nature. Mais non, ça n’est pas là, dans ces échanges insignifiants, que je trouverai le sujet de ma prochaine newsletter. Le seul constat : des individus affligés d’un sans-gêne incroyable qui ne mesurent même pas le parasitage de la sphère privée. Ta liberté s’arrête là où commence celle de l’autre ? Mais où ça ? Dans toutes nos libertés juxtaposées, les envahisseurs ont le pouvoir.

  

Misère, le portable passe partout !

 

Je prends le métro tous les jours, et je suis dérangée tous les jours. Il m’arrive de regretter les réseaux préhistoriques où, dans les souterrains de la RATP, le portable ne « passait » pas ! Selon les moments, selon mon humeur, selon l’invasion, j’ai envie d’exploser. Je me retiens. Je roule des yeux, je fronce les sourcils de toutes mes forces, je soupire bruyamment. L’autre ne percute pas. Si je suis bien lunée, je lui tape sur l’épaule avec un sourire : « Vous pouvez baisser le son, SVP ? » Il faut le sourire sinon ça ne marche pas. Sinon l’autre te toise, détourne la tête, continue, micro à fond.

L’autre jour dans un café de la rue de Lévis à Paris, quartier bourgeois où les clients sont censés avoir reçu le minimum syndical en matière d’éducation, un trio de types apparemment dans le « business » tenaient conférence avec un interlocuteur au téléphone. Tout le bistrot en profitait. Je leur ai demandé de couper le micro. Ils m’ont regardée comme une zombie : mais de quoi elle se mêle, celle-là ? Le gérant du resto ? Rien à f… Même avec le café à 4,50 euros.

Dans le métro, j’observe que certains, un peu durs de la feuille, branchent le micro pour plus de confort. Il est vrai que selon une étude très inquiétante publiée dans BMJ Global Health, on observe un déficit auditif précoce chez un jeune sur quatre. Pas étonnant : avec les écouteurs systématiquement branchés à fond, les jeux video avec casque, les enceintes surpuissantes, l’accroissement des pollutions sonores, les médecins ORL vous disent qu’on se prépare une génération de sourds dès l’âge de 40 ans. Alors quand vous les interpelez, « please coupez le micro », certains vous disent carrément que « non, sinon, j’entends pas… » !

 

Bon, il y a aussi les plus âgés, encore sous le coup de l’émerveillement du téléphone portable. Ce bonheur exotique de parler avec la famille n’importe où, quand ça vous chante, de rire et montrer le dernier-né… Et tout ça pour pas un rond puisqu’on est sur whatsApp ! Ceux-là, que voulez-vous, il faut les laisser à leur plaisir…

 

Le besoin de se signaler au monde ? 

 

Mais les autres… Ceux qui ont perdu tout sens de la discrétion, de la politesse, de leur vie privée, que diable ! On n’est pas au théâtre ! D’ailleurs, parlant de verbe, quand je saisis les conversations, – ben oui, je finis par tendre l’oreille – j’observe le niveau : la perte du vocabulaire réduit à 150 mots, l’élocution désastreuse, les tics verbaux… Je me fais la remarque inverse quand je revois des interviews des années soixante : la phrase bien construite, le choix des verbes, l’accent châtié, l’intonation de la voix … Une expression en voie d’extinction.

On arrive ainsi à un paradoxe sociologique qui veut que, le nez sur son portable, on se parle et on se regarde de moins en moins ; donc, forcément, on communique de plus en plus mal. Mais les mêmes font de plus en plus étalage de leurs conversations privées. On se demande si, dans cet appauvrissement de l’interaction humaine, c’est la nouvelle façon de se signaler au monde extérieur. Ou l’apparition d’une nouvelle nature humaine : brute, comme l’indifférence. Hurlante, comme la rage d’exister. Mufle, comme la sauvagerie.

Je sonne un peu « old school » ? Je ne suis pas la seule : une pétition a été lancée en 2025 « pour légiférer », elle n’a pas encore obtenu assez de signatures pour être débattue à l’Assemblée nationale mais elle fait le buzz. Alors qu’il suffirait d’un peu de savoir-vivre….

 

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