Sting An Englishman in Paris Il est sur scène dès ce soir dans sa propre comédie musicale, l’histoire bouleversante d’une communauté de constructeurs navals du nord-est de l’Angleterre confrontée à la fermeture de son chantier. Une épopée vécue, écrite et composée par lui. La venue d’une rock-star à Paris, c’est branle-bas de combat dans la capitale. Attroupements devant les palaces, sécurité et bodyguards. Mais quand c’est Sting, c’est différent. L’artiste aux 130 millions d’albums vendus, et une fortune estimée à 211 millions d’euros ne descend ni au Ritz, ni dans la demeure d’amis milliardaires. Avec sa femme Trudi Styler, il a son propre pied à terre, à Senlis, au nord de Paris, « où peu de gens savent que j’habite ». Alors ce matin d’octobre 2025, c’est presque en voisin qu’il est venu présenter sa nouvelle comédie musicale à Boulogne, à la Seine Musicale. Il fait gris et froid, il est 10 heures du matin, et on a dû se pousser pour prendre le métro, traverser le pont à pied…On ne l’a pas regretté. Son Eminence est ponctuelle. Nous ne sommes que quelques dizaines à patienter, dans la belle salle boisée, impeccable. Son producteur le précède : sympathique, plein d’humour, il se réjouit de « profiter de Paris, so great, », de nous raconter cette story typiquement anglaise qui se déroule dans une ville ouvrière marquée par le chômage et par les luttes. Sting fait son entrée, jean et t-shirt marine, cheveux très courts, à 74 ans, il dégage un mélange de sex-appeal et de gentillesse complice. Escorté de son fidèle guitariste Dominic Miller, aussi mince que lui, – mais pourquoi les rockers ne grossissent pas ? – , il va enchaîner à la guitare quelques morceaux du show dans lequel il aura un rôle principal. « The Last Ship est une histoire d’amour entre deux amants, mais aussi celle d’une communauté, d’une trahison politique et de la dignité au travail », explique Sting. Il paraît qu’ils ont ré-écrit une grande part du livret. A lire les critiques sur la version de Broadway et de Sydney, les premières il y a 2-3 ans, le spectacle avait besoin d’être recalé. A Amsterdam l’année dernière, « c’était très bien, les interprètes formidables et Sting beaucoup mieux. » Mais ce sont surtout les morceaux de musique qui méritent le détour. Que des pépites. Quant au livret, c’est du Ken Loach, et il faut connaître l’histoire avant d’y aller : hommage à la ville et aux hommes qui ont vu grandir Gordon Sumner alias Sting, le spectacle plonge dans la dureté des chantiers navals de Newcastle. « J’ai été élevé à côté, c’était effrayant. J’ai tout fait pour y échapper. J’ai travaillé dur à l’école, je suis devenu un musicien accompli, mais je sentais que j’avais une dette envers eux », confie celui qui l’a échappé belle, en effet. Ses six enfants n’hériteront pas de toute sa fortune Ses six enfants n’ont pas eu ce souci. Agés de la cinquantaine à la trentaine, ils exercent tous des métiers artistiques, de la comédie à la réalisation et à la musique. Et ils sont prévenus : comme les enfants de Bill Gates, ils n’hériteront pas du magot à la mort du patriarche. «Toucher des millions, ça n’est pas sain, a confié Sting à TF 1. Et ils le comprennent très bien. » Il ajoute dans un rire qu’avec sa femme Trudie (mère de ses quatre derniers enfants), « de toutes façons, on dépense tout !» S’il a grandi dans un milieu modeste, il a su opérer quelques royales « culbutes » immobilières (la revente de son appartement new-yorkais, celle de son manoir londonien récemment). Ses ex-collègues du groupe Police, Andy Summers et Stewart Copeland, lui reprochent ces temps-ci de ne pas partager avec eux les droits d’auteur de certains tubes. Une négligence, sans doute. L’affaire va quand même se régler devant les Tribunaux. Passons… Ses excellents investissements immobiliers Aujourd’hui, Sting s’est éloigné à jamais de la dure vie de ses parents, morts trop jeunes, à 58 ans pour sa mère, 60 pour son père. Il a appris à apprécier le luxe et les plaisirs de notre vieux continent. Par exemple : il adore l’Italie encore plus que la France et y a posé ses valises. Son domaine Il Palagio, situé en Toscane au milieu des vignes doit valoir dans les 10 millions d’euros. « On l’a acheté, c’était une ruine, et le vin était dégueulasse », se souvient Sting. Aujourd’hui, le couple produit quelque 150’000 bouteilles tout à fait correctes, pas très chères, dans les 15-20 euros, vendues sur le site 1jour1 vin. Les gentlemen farmers font aussi du miel et de l’huile d’olive, on est italien ou on n’est pas. Et tenez-vous bien : ils viennent d’ouvrir une taverne juste à côté : Tenuta Il Palagio. « C’est un peu mon pub », minimise l’Anglais. Vous voulez vous glisser dans les pas de votre rocker favori ? Vous pouvez lui louer son Palagio, neuf chambres et leurs salles de bain, « très luxueuses », à « un prix très exclusif ». Vous préférez le bord de mer ? Allez en Californie. Malibu Sting Beach vous tend sa piscine, sa salle de sport et sa plage privée.188’000 euros par mois. Il n’y a pas de mal à se faire de l’argent. Avec son intelligence, sa créativité, une épouse productrice de cinéma avertie, Sting est une star qui bosse. Obligé. « Je ne peux pas prendre ma retraite. Trop de gens dépendent de moi financièrement », confiait-il récemment à Benjamin Locoge de Paris Match. « Mon éthique… » Dans cette même interview, l’homme engagé, défenseur de la forêt amazonienne, prend des positions fermes : lui qui passe une grande partie de son temps à New York et à Londres balance sec : « Je suis de plus en plus inquiet pour les Etats-Unis qui deviennent un Etat policier proche du fascisme. Jamais je n’aurais imaginé une telle situation en Amérique. » L’Anglais Keir Starmer en prend aussi pour son grade : « Il aurait dû avoir le courage de revenir sur le Brexit qui nous appauvrit ; le mandat était clair ! » Il va plus loin, cash : « Ceux qui ont opéré le Brexit devraient être incarcérés dans la Tour de Londres ! » On le voit, le combat continue. Il s’avoue désorienté par « l’accélération du monde », effrayé par la puissance de l’intelligence artificielle. Il voudrait « laisser un monde meilleur à mes petits-enfants ». C’est pas gagné. Là, son spectacle est un hommage au passé. « The Last Ship » illustre une obligation morale envers ses origines, sa communauté, ses parents : « Ce sont eux qui m’ont façonné, ils m’ont donné mon ambition, mon éthique de travail, ma philosophie » insiste-t-il. Sting l’ancien pauvre connait le prix des places – de 46 à 139 euros – , il les a voulues abordables. Rester cohérent. Il n’est pas un Rolling Stones. Ni Madonna. « The Last Ship » jusqu’au 7 mars 2026 à la Seine Musicale à Boulogne Billancourt, Ile Seguin. Ligne 9 métro Pont de Sèvres. |