Newsletter du 23 février 2026

par Catherine | Fév 23, 2026 | Newsletter Archive

Ukraine Gueules cassées

Gueules cassées en Ukraine : la beauté change de nature

Ici à Kiev en septembre 2025, le défilé de mode avec des amputé (e )s de la guerre : Cristina Sanina, ex-capitaine dans l’armée défile sur ses prothèses.

Ce 24 février marquera pile 4 ans de guerre en Ukraine. Au-delà du courage et de la résistance, ce peuple mutilé, défiguré nous interpelle maintenant sur notre relation obsessionnelle à l’apparence.   

 

Il fut un temps où, dans les agences de mannequins, il fallait afficher « ses » Ukrainiennes. Aucun défilé sans elles. Longues, blondes, pâles et oblongues, visage pur aux équilibres parfaits, des madones aux yeux bleus. Depuis la guerre, les Ukrainiennes sont toujours aussi belles, mais, comment dire, elles sont plus que belles. Les Ukrainiennes in situ, on les découvre maintenant sur le terrain des bombardements russes et des dévastations. Elles forcent l’admiration. Moins minces, moins grandes, moins lisses que les créatures de la mode, elles ont les mêmes yeux bleus, la même structure de visage aux pommettes hautes que le vilain bonnet à pompon enfoncé n’arrive pas à enlaidir. Elles s’imposent en résistantes sur le terrain des massacres. Dans les températures sibériennes, sans électricité, ni chauffage, ni eau chaude, elles dorment dans les sous-sols, gèrent les enfants, se débrouillent pour se laver, et même se maquiller.

Leur mari est au front, certains sont rentrés blessés, mutilés, amputés. Et maintenant que les Russes bombardent délibérément les civils (es), elles aussi se retrouvent physiquement abîmées. Des membres et des visages brûlés, arrachés. Au lieu de sombrer, tout le monde dans ce pays lutte pour se reconstruire physiquement avec des prothèses, de la chirurgie, des soins. Intérieurement ? c’est une autre histoire…

Les amputés, les mutilés sont désormais une population qui compte

L’année dernière en septembre, une fashion-week des mutilés avait été organisée à Kiev. Filles et garçons. Soldats et soldates. Certains, certaines, avaient perdu leurs deux jambes. Mais tout le monde défilait. Comme un doigt d’honneur aux agresseurs. C’était pour eux une démonstration de résistance :  « Nous ne nous cacherons pas ».

Ils font désormais partie de la population comme un secteur à part entière. L’association Pryncyp parle de « 500’000 soldats mutilés ». Et combien de civils ?  Cette nouvelle tranche démographique importante va imprimer ses cicatrices. L’importance accordée à l’apparence va changer. Cette guerre à nos portes est en train de bouleverser les critères de beauté. Soudain, on réalise que cette Cristina Sanina, 30 ans, ex-capitaine dans l’armée ukrainienne, qui marche depuis un an sur des prothèses de jambes, montre une force qui va au-delà de la plastique classique. Ces balafres qu’ils et elles arborent de plus en plus souvent deviennent presque des marques banales d’un vécu. Héroïque. Malheureux. Malchanceux. La guerre inscrite à jamais dans la chair.

Sur France 2 « Les visages de la guerre » de Didier Cros qui montre les défigurés et défigurées des bombardements et le travail des chirurgiens français ajoute une pierre dans cette nouvelle appréhension de l’esthétique. On ne parle plus de rendre la beauté. On parle de normalité. La chirurgienne Chloé Bertolus explique qu’en les réparant, elle veut juste les rendre banals. Evacuer le film d’horreur et les faire passer inaperçus ; des physiques quelconques, ce sera ça sa victoire. Le reportage de Robin Korda et Olivier Corsan dans le Parisien du 22 février montre lui, comment on continue à vivre avec un visage déformé, enfoncé, brûlé, détruit… Des figures d’adolescents, de soldats, de civils, hommes et femmes à la beauté explosée brutalement.

Des critères de beauté bouleversés

On s’identifie tellement à eux. Incrédules au début de la guerre, on a vu ces femmes pimpantes, ces hommes ingénieurs ou architectes ou boulangers, presque bobos, se métamorphoser en guerriers. S’endurcir. On les voit maintenant traumatisés, blessés,  en deuil, abîmés à jamais. Ils sont passés dans un autre monde. Mais ils nous ont transformés. Après la guerre en Ukraine, afficher « ses » Ukrainiennes (ses Ukrainiens) dans un casting de défilé, cela voudra dire plus qu’une beauté slave : un élément de notre Histoire. Y aura-t-il des amputé(e )s, des défiguré(e )s  sur les podiums ? on aimerait, oh oui, que ces « gueules cassées » imposent désormais leur beauté intérieure. Et qu’ils puissent tranquillement faire des enfants. Beaux. 

Une image du reportage de France 2 « Les visages de la guerre » signé Didier Cros.

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Au Théâtre à Paris, on parle d’amours

« Roméo et Juliette »

Passion moderne

C’est un spectacle généreux : 21 acteurs sur scène ! pas de décors mais des costumes chatoyants, magnifiques, une mise en scène riche, diversifiée, esthète, qui mélange des musiques et des ambiances, certaines séquences sont de vrais tableaux ; bref, c’est superbe ! L’histoire, on la connaît : deux jeunes amoureux entendent vivre leur passion malgré la rancœur qui oppose leurs familles. A cause de leur fougue, ils en mourront. Le texte de Shakespeare est authentique, mais grâce à une direction musclée et joyeuse, certains personnages deviennent actuels et drôles, tandis que les moments solennels restent et subjuguent. C’est beau, bien joué, et d’un romantisme absolu ! Un grand bravo à la metteuse en scène Maud Buquet-Kandinsky et à ses acteurs formidables (qui travaillent à côté pour pouvoir jouer. Un tel spectacle ne peut pas payer tout le monde )

Au Théâtre des Gémeaux Parisiens du mercredi au dimanche jusqu’au 30 mars 2026

Pour réserver

« Les Beaux »

Amour vache

Au départ, on pense à un couple un peu nunuche. Puis le duo-duel devient peu à peu un combat forcené. On a rarement dépeint aussi férocément les affres de la vie conjugale, qui plus est avec un enfant déboussolé entre ses parents aveugles et irresponsables.  Yasmin Van Deventer a un petit accent américain qui ajoute du réalisme aux conflits avec son homme, tandis que Cédric Welsch réussit à nous faire trembler devant ses explosions de rage. Non, ça n’est pas un spectacle doux et romantique, le texte de Léonore Confino déchire, et c’est le but de la metteuse en scène Anne Coutureau qui mène son affaire au cordeau. A un moment, ma voisine, un peu suffocante, a quitté la salle ! Mission accomplie ! Très fort !

A La Flèche  les jeudis à 19 h. jusqu’au 12 mars 2026

Pour réserver

Juliette / Victor Hugo : mon fol amour

Amour-abnégation

Si vous aimez les textes châtiés sobrement déclamés par une comédienne pleine de charme, vous allez aimer ce seule-en-scène qui raconte la vérité sur le grand écrivain et homme politique. Lequel avait ses petitesses et ses enfantillages. Mais Hugo était avant tout un coureur de jupons qui fit souffrir son grand amour, son amante, Juliette Drouet. Elle a ici 67 ans (les actrices Marguerite Kloeckner ou Marie Lussignol en alternance ont 40 ans de moins, mais ça passe) et retrace sa vie, leur vie, les épreuves, les deuils, les honneurs, les triomphes, les mensonges, les trahisons et la rupture, par lassitude. C’est de la belle ouvrage, très littéraire, bien interprétée.

Au Théâtre des Mathurins  les lundis à 19 h jusqu’au 30 mars 2026

pour réserver

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