Le 1er Ministre Sébastien Lecornu veut un gouvernement « clean ». Pourtant, avec des journées de 16 h, les hauts-fonctionnaires ne sont pas des surhommes.
Ils ont la rage. Depuis que Sébastien Lecornu a appelé ses Ministères à faire passer des tests anti-drogue à leurs hauts fonctionnaires, ceux-ci n’en dorment plus. Et ça n’est pas le surmenage qui les tient éveillés, c’est la révolte. « Quelle intrusion dans la vie privée ! » s’énervent-ils. Pas faux. Eux, l’élite du pays, pointée du doigt comme un gang de malfaiteurs ! Ils sont chefs de cabinet, commissaires généraux, hauts-commissaires, conseillers, secrétaires généraux et super-secrétaires, délégués de missions, directeurs généraux, directeurs d’administration, rédacteurs de projets de loi, de discours, de protocoles… Mais aussi ambassadeurs, préfets, recteurs d’académie… bref « tous ceux qui participent aux décisions du gouvernement » écrit Lecornu dans sa circulaire. Bigre ! comme dirait Chirac qui ne crachait pas à l’occasion sur une petite ligne de coke. Il n’y va pas avec le dos de la cuillère (percée ?!), Lecornu. Son argument ? il veut montrer l’exemple : si l’Etat lutte contre le narcotrafic, en particulier s’il veut taper les consommateurs, alors il doit s’imposer une absolue exemplarité. Il préconise donc « des dépistages inopinés et obligatoires ». En gros des pièges de flagrant-délit qui peuvent vous court-circuiter une carrière. Cela, c’est juste l’amorce de son « plan d’action », histoire de frapper les esprits. Frère Lecornu a opté pour une spectaculaire auto-flagellation.
Nuits blanches infernales
Parce que, oui, des stimulants pour tenir la cadence, ça existe au gouvernement ! Lecornu y a même peut-être eu recours lui-même, vu le stress enduré au cours de sa jeune carrière. Et si lui-même n’a rien pris, il a dû voir quelques collègues doper un peu leurs capacités au moment du coup de feu… Comme dans les bars et les brasseries, dans la finance, dans la tech, dans le showbiz, (dans la presse !)… Le problème c’est que dans certains ministères, et avec certains patrons caractériels – ou incompétents – qui vous mettent la pression, le coup de feu, c’est toute la journée, toute la nuit, toute l’année. Alors forcément…
Quand vous interviewez de jeunes chefs de cabinet, ils vous parlent tous de leurs nuits blanches infernales « pour répondre aux objectifs ». Missions d’urgence, calculs frénétiques de ralliements, projet à pondre en 24 heures, crise à gérer en panique… Quand ça n’est pas le covid, c’est la dissolution de l’Assemblée, ou les décisions de guerre, de canicule, ou la gestion de LFI, de l’affaire Lyhanna… Quand les médias tournent en boucle, quand l’opposition te tire dans les pattes, il faut riposter au quart de tour. Là, le café ne suffit pas. Alors il faut choisir, camarade Sébastien, tu le sais bien : soit on ne rend pas le rapport, la stratégie, le discours, le projet, soit on s’aide un peu avec « des produits ».
La politique, ça use le corps… et le cerveau
A ce niveau de responsabilité, il vaut mieux être un dormeur léger, comme Jacques Attali qui tenait avec 4 heures par nuit plus de petits roupillons de 4 minutes dans sa voiture avec chauffeur. Dormir peu, ça s’entraine, n’importe quel G.I vous le dira. Mais certains craquent. Souvenons-nous des soudains problèmes cardiaques d’Elisabeth Guigou, Garde des Sceaux et Ministre : entre les réunions éprouvantes avec Mitterrand, puis Jospin, les batailles pour le budget de son Ministère au Sénat, et les réunions du G8 à Washington… « 16 h. par jour », a-t-elle avoué. Son organisme de 51 ans a dit stop. La politique, ça use. Ségolène Royal a confié avoir fait un burnout après la présidentielle de 2007, Hollande très éprouvé après les attentats du Bataclan, était sous surveillance médicale constante, Fillon a maigri et vieilli prématurément sous le stress de Sarkozy et de l’affaire Pénélope ; Même Obama a pris cher. Trump, 80 ans, yoyote de plus en plus ; on se demande ce qu’il prend.
Je me suis toujours réjouie des 39 ans d’Olivier Véran au début du covid en 2019. On découvre maintenant qu’il souffrirait de TDAH, « trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité ». Pour lui c’était « avec » hyperactivité, et « ça m’a été bien utile », estime-t-il aujourd’hui. Il est vrai que, bien pilotée, ce genre de « pathologie » peut devenir très productive. Etait-ce là le secret de son incroyable énergie ? Comme neurologue, il aurait eu tout l’arsenal chimique pour renforcer sa résistance. Aurait-il accepté un test salivaire ?
Le politique « augmenté » ?
En entreprise, si un employé est contrôlé positif, il s’expose à une sanction disciplinaire, est obligé de se soigner ; mais l’employeur est tenu à la confidentialité. En serait-il de même au gouvernement, sachant que les fuites dans la presse sont un sport national ? On entend déjà de mauvaises langues proches du pouvoir murmurer perfidement que « tous les week ends, on ramasse dans la rue des hauts fonctionnaires en overdose ». A vérifier.
On sait que les nouvelles drogues de synthèse ne permettent que temporairement de passer sous les radars. Alors la solution « pour tenir », ce sera peut-être l’homme augmenté. Une puce greffée dans le cerveau afin d’augmenter nos capacités mnésiques et cognitives. Elon Musk en rêve. Neurolink a commencé : ça marche pour les handicapés physiques et mentaux. Là, pour repérer les « tricheurs », il faudra faire un électro-encéphalogramme.