Newsletter du 26 mai 2026

par Catherine | Mai 26, 2026 | Newsletter Archive

Les super-riches
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Les super-riches

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Adversaires en affaires, François Pinault et Bernard Arnault sont des pragmatiques. Ils tombent d'accord sur l'essentiel : motus et bouche cousue sur les holdings, sociétés-écrans, crédits d'impôt et les 474 niches fiscales 

Dans l'amoralité sereine des ultra-riches

On le sait : 10 % des Français détiennent 50 % du patrimoine national total. Et sur ces 10 %, il y a en France 53 milliardaires qui sont plus riches que … 32 millions, la moitié de notre population. Ils possèdent un savoir-faire et un culot bluffants pour prospérer. Les super-riches sont concurrents dans les affaires mais complices dans les optimisations fiscales. Une bd très drôle et très informée signée Mantoux-Heydinger nous révèle les rouages de ces méthodes qui tiennent autant du cynisme et de la vanité que de l’ingéniosité.

 

Les riches, c’est un bon sujet. Surtout en France. Où la fascination pour la richesse n’a d’égal que l’aigreur sur les inégalités ! Ces 6-7 dernières années, la fortune des super-riches a doublé. Et pas la nôtre. Alors oui, on raffole de nos châteaux, de notre gastronomie, de nos palaces et de notre haute-couture, mais on exècre les ultra-riches. Parce qu’eux s’enrichissent et pas nous. Trop c’est trop. Il paraît que cette ambivalence nous vient de la Révolution française. Faut-il que l’aristocratie ait laissé de si douloureuses stigmates de mépris et de maltraitance ! C’était il y a trois siècles. Mais aujourd’hui encore, on a l’impression que le fossé se creuse entre les « serfs », les « vilains » et les seigneurs. Ces derniers sont regardés comme « égoïstes », « profiteurs », « cyniques », « déconnectés du réel », « hautains » et « désinvoltes ».

A la lecture de la bande dessinée de Aymeric Mantoux (aux textes) et Tomek Heydinger (aux dessins), leur réputation ne va pas s’arranger. En 125 pages et 7 chapitres, le tandem nous brosse un mode d’emploi de « l’optimisation fiscale ». Une guerre financière. Quand l’Etat, ce requin, vous ponctionne tout ce qu’il peut sur le moindre de vos revenus, eh bien, vous embauchez des génies de la comptabilité internationale des sociétés, du bilan propre-en-ordre, des comptes off-shore et des investissements patrimoniaux subventionnés. C’est génial. Pour plusieurs raisons. D’abord les dessins sont les portraits très ressemblants de nos vrais super-riches français : les Arnault, Pinault, Dassault, Bolloré, Bouygues, Decaux, Rothschild… vieilles familles d’héritiers, mais aussi les Courbit, Magrez, Nicollin, Larchevêque, Drahi, nouveaux riches qu’on voit moins souvent. Ensuite, la bd donne des clés administratives et stratégiques, se fondant sur une enquête de Mantoux parue en 2010 sur cette fascinante peuplade des « ultra-riches ». Si d’aventure vous vous retrouvez dans leur situation, les deux auteurs ont déblayé le terrain pour vous, débusqué toutes les niches fiscales (enfin, pas toutes, il y en a 474), les achats subventionnés pour investir à bon profit au lieu de virer votre fortune aux impôts.

 

L'IMPÔT, TERREUR ROUGE

 

 C’est là qu’on s’interroge sur l’obsession de ces super-magnats : mais pourquoi vivent-ils dans une telle terreur de l’impôt ? Peut-être parce que les impôts n’arrivent pas à se défaire leur hideuse image moralisante et culpabilisante. Que vous soyez salarié ou plombier, hôtelier ou consultant, ou super-riche, vous êtes d’emblée soupçonné de vouloir frauder. C’est désobligeant.

Les super-riches pourraient payer tranquillement leurs impôts. Ils ne perdraient pas beaucoup. Ils pourraient économiser une armada de comptables, conseillers fiscaux et avocats de haut-vol, un labyrinthe d’investissements complexes soumis à mille aléas : les vignobles, les forêts, les truffières, les chevaux de course, les oeuvres d’art, les restaurations de monuments. Tous subventionnés mais potentiellement risqués à cause de la météo, des concours, des ventes aux enchères, de la désaffection pour le vin, des travaux. S’ils payaient ces taxes qui les font enrager, ou même, soyons fous, s’ils re-distribuaient leurs bénéfices sous forme d’augmentations de salaires, eh bien, d’abord ils continueraient de ne manquer de rien sous les voûtes de leurs hôtels particuliers, ensuite ils gagneraient une tranquillité d’esprit, dormiraient du sommeil du juste dans leurs résidences de luxe au lieu de se taper des insomnies à propos des îles Caïmans et de leurs délirants montages financiers plus ou moins légaux ; enfin, ils vivraient une sorte de satisfaction du devoir solidaire accompli, cette sorte de bien-être du bienfaiteur, vous voyez ?

Mais je rêve. Ca n’est pas cela qui les fait bander. Non, ce qui les excite, c’est justement de phosphorer pour être plus malin que l’Etat. Plus retors.

 

"LE FISC ? JE L'AI BIEN EU !"

 

Face à l’attitude menaçante du fisc qui vous soupçonne de vouloir tricher, eux sont les plus forts. Trouver une combine pour (pardon) « les baiser ». Non qu’il leur manque une petite rallonge dans les caisses ; ils se lancent le défi du toujours plus. Et, je résume : « C’est moi qui décide. » Avec leurs réserves de guerre, ils possèdent un fabuleux pouvoir de pression. Il faut être sacrément incorruptible pour résister. Bonjour la démocratie.

Plus galvanisant encore pour eux : pour acquérir ces châteaux, ces écuries hippiques, ces chasses, ces grands crus classés, ces Basquiat, Cézanne et autres Damian Hirst, ils décrochent des subventions, des exemptions, des aides de l’Etat alors qu'ils ont plus que lui les moyens de tout acheter ! Dans la bd, on voit ces rois de la magouille se réjouir avec une ironie jubilatoire. Mais, attention, c’est pour la bonne cause. Ce que montrent les auteurs de l’album : propriétaires et arbitres de notre « art de vivre », ils ont le sentiment d’élever l’âme de leur nation. D’ajouter à son rayonnement. La France, c’est moi. Ses arts, ses lumières, son savoir vivre… Tout cela, vous ne l’auriez pas sans moi.

Eux n’en profitent pas beaucoup. Comme le confie Hélène Arnault, « Mon mari travaille tout le temps ». Le pauvre. Piloté par son ambition frénétique, le super-riche ne verrait-il dans sa fortune quasi-exemptée d’impôts que le sévère étalon de sa valeur ? A quoi tient son moteur ?

A ce stade, il faut tout de même relire les alertes d’Oxfam sur les inégalités grandissantes. « Elles sont désormais une réalité confirmée par des institutions majeures comme l’INSEE ou la Banque postale. Mais malgré ce diagnostic alarmant désormais largement partagé, les responsables politiques continuent d’ignorer les solutions fiscales qui s’offrent à eux, même lorsqu’elles sont soutenues par 85 % des Français, comme c’est le cas de la taxe Zucman. »

Eh bien, pour espérer corriger – un peu – les choses, il faudrait imposer la lecture de cette bd à tous les futurs politiques. Futurs, oui. Pour ceux qui sont en place, c'est trop tard.

"Voyage au pays des ultrariches", la bd très instructive de Tomek Heydiger et Aymeric Mantoux aux Editions du Faubourg

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UNE PIÈCE SUR LE COUPLE : FRÉNÉTIQUE ET IMPITOYABLE

 

Quand les Scandinaves prennent la plume, ça déchire. On l’a observé en littérature et au cinéma, on l’a découvert en séries sur Netflix. Il y a dans leurs textes une férocité, un jusqu’au boutisme qui fascine. Charles Berling s’est attaqué à un texte de Lars Noren, auteur dramatique suédois au regard acéré sur les couples bourgeois, la société moderne. « C’est si simple l’amour » au Théâtre de L’Atelier à Paris est une pièce-choc que Berling joue et met en scène : l’effondrement progressif de deux relations au fil de la nuit et des bouteilles d’alcool. Il fallait des acteurs de première force pour réussir à incarner une telle puissance, emmener le spectateur au cœur des passions et des haines avec de l'humour en plus, et arriver au paroxysme. Deux heures impitoyables qui montent en intensité, des numéros d’acteurs et d’actrices fabuleux qui culminent en tragédie éblouissante. Du vrai théâtre intense qui met les interprètes à l’épreuve du feu, et secoue violemment le spectateur. Très fort. Bravo à Berling d’avoir osé aller aussi loin, et à ses partenaires Bérengère Warluzel (robe rouge à côté de Charles Berling), Caroline Proust et Alain Fromager.

 

« C’est si simple l’amour » au Théâtre de l’Atelier à Paris jusqu’au 1er juillet 2026

 

 

Pour réserver  https://www.theatre-atelier.com/event/cest-si-simple-lamour-lars-noren-charles-berling-2026/

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