Newsletter du 27 avril 2026

par Catherine | Avr 27, 2026 | Newsletter Archive

Mère / fille : l’amour vache

Mère et fille : l’amour vache

 

« Mamma Mia »(2008), le film tiré de la comédie musicale avec Meryl Streep en exubérante mère soixante-huitarde un peu fofolle. Et sa fille (Lindsay Lohan) en mal de père.  

 

Si vous êtes en conflit avec votre fille, lisez « Pardonner à nos mères », le livre de Claire Richard. Elle y rassemble plein de témoignages et décortique les raisons de l’agressivité. Elle le fait sans hargne, sans violence. Avec précision. Elle-même est passée par  là, elle en a longtemps voulu à sa mère.


 

Ah, les fâcheries entre une mère et sa fille ! Pas un dîner, pas une conversation, pas un apéro qui n’aborde la question. Souvent, c’est une mère en souffrance qui ne comprend pas pourquoi sa fille ne veut plus la voir. Parfois, c’est une fille qui révèle une, deux, trois phrases de sa mère qui l’ont blessée à jamais. Elles ne l’affichent pas mais elles en souffrent. La mère un peu plus que la fille, il me semble. Car la fille a des projets, elle construit sa vie. Mais lestée d’une rancœur non résolue. La mère, quant à elle, en vient à se demander si « je mourrai sans avoir revu ma fille ? » On la sent déboussolée, sans arguments. Comment une fille peut-elle tourner le dos à sa mère ? Trouver la force de rompre cet indéfectible lien du sang. Il faut un certain cran.  

 Est-ce une lassitude ? « A force de s’engueuler, on n’est jamais d’accord sur rien »… Est-ce la relation orageuse qui brutalement explose ? « Là, elle est allée trop loin. » Ce qui est sûr c’est que, « pour pouvoir continuer à vivre », la fille prend ses distances, elle n’a plus le choix. La seule idée d’entendre sa voix au téléphone lui fait dresser les poils ! Entre l’amour et la haine… Etions-nous aussi radicales, nous, les sexas (et plus) ? On a aussi fait nos crises d’ados, on a investi nos rebellions, on s’est disputées au point de polluer l’ambiance pour toute la famille. Mais de là à couper les ponts…

Depuis les années 2000, MeToo, etc, les conflits ont pris de l’épaisseur. La nouvelle génération féminine et féministe exprime ses frustrations, décrit ses blessures, et accuse : les responsables du mal-être sont les hommes, les pères, les frères, les garçons. Et les mères. Comment cela ? Parce qu’elles seraient les vecteurs de l’oppression.

Les filles sont…« matrophobes »

Pourquoi les filles en veulent-elles tant à leur mère ? interroge l’auteur Claire Richard. Réponse : parce qu’elles ne veulent pas lui ressembler. Pire : parce qu’elles lui en veulent de reconnaître en elles-mêmes des signaux du comportement maternel. Cela porte un nom : la matrophobie. Ne riez pas. C’est un concept américain forgé par la poétesse et critique littéraire Lynn Sukenick puis développé par Adrienne Rich dans son livre « Naître d’une femme » publié en 1976. Claire Richard creuse l’idée avec brio, sincérité et empathie. Elle, la féministe, également mère, se met à la place de ces mères « d’avant », dominées par le patriarcat. Oui, c’est banal mais même avec des mères célibataires qui ont vaillamment élevé seules leurs enfants, eh bien, le modèle macho prévaut : tu dois être une bonne mère, aimante, à l’écoute et sacrificielle, tout en te comportant en mec dans les affaires, et en séductrice dans la vie. C’est ainsi que s’érigent les modèles. Sa fille l’admire, l’imite et, une fois jeune adulte, elle lui en veut de perpétuer le schéma ! Devant un tel paradoxe, étonnez- vous d’une relation « compliquée » avec sa mère ! Diagnostic de Claire Richard : ça n’est pas entièrement de la faute de ta mère, elle a fait ce qu’elle a pu dans des circonstances qu’elle ne maîtrise pas. Conclusion, il faut, écrit-elle : « Pardonner à nos mères », c’est le titre du bouquin fondé sur des centaines de témoignages recueillis auprès de 150 femmes. C’est passionnant. Certaines histoires sont horribles : mères insultantes, humiliantes, sadiques, ou passives devant les abus; et les filles : verrouillées, haineuses, cruelles. C’est vraiment l’amour vache. Et tant de traumas non réglés. Claire Richard s’auto-analyse et nous analyse. Elle attribue largement le problème à la tranquille omnipotence des hommes. C’est la conséquence du patriarcat. Elle anticipe les critiques – « Ces néo-féministes bornées, extrémistes, impitoyables ! » – Mais non, ni hargne, ni réquisitoire, le livre décortique des histoires poignantes. Pour une néo-féministe 2026, eh bien, l’auteur montre une belle générosité sans pour autant faire des concessions à l’oppression phallocrate. Ni à notre aveuglement – notre soumission – à nous, la génération post-68.

« Je ferai toujours faux ! »

Ce qui est intéressant, si l’on peut dire, c’est que tous les « socio-types » de mères sont stigmatisées : les « mères juives » autant que les mères égocentrées ; les mères-complaintes autant que les mères-« commandante » ; les mères sexy-flamboyantes autant que les mères passe-muraille. « La fille veut purger d’elle-même tout ce que sa mère incarne. » Devant un tel rejet, on devient fataliste : quoi que je fasse, je fais faux. Des exemples ? La fille révoltée par l’autorité de sa mère : « Elle (ma mère) est persuadée qu’elle sait tout, qu’elle a toujours raison, elle se comporte comme un dictateur ». Quand la mère s’efface : « Elle ne l’ouvre jamais, elle encourage la domination masculine, tolère le pire. » Il y a plus tordu : « Ma mère a le chic pour des insinuations blessantes, méchantes » etc, etc…

Mère indigne, mère absente, mère dévorante, mère omnipotente, mère jalouse… Tout le spectre des défauts. Mais au fond… A quoi bon être « parfaite » puisqu’elle (ma fille) trouvera toujours quelque chose à me reprocher ? Pour casser cette logique négative, il faudrait COM-MU-NI-QUER. Mais comment faire puisque les liens sont rompus ? Une psychothérapie chacune de son côté peut-être. Encore faut-il accepter qu' »il y a un problème chez moi ».

D’une honnêteté absolue, l’auteur casse la hiérarchie des sentiments obligatoires. Ok, cette femme t’a donné la vie mais tu n’es pas obligée de tout encaisser. Du côté de la mère, même impression : « Ok, c’est ma fille, mais elle est imbuvable ! » Au fond d’elle-même : « C’est quand même mon bébé qui est devenu un monstre sans cœur.»

On pointe l’égocentrisme ; mais l’égocentrisme, et une introspection honnête, sont indispensables pour se sauver. Les jeunes ne pensent qu’à eux-mêmes ? oui, c’est un peu normal pour réussir à prendre confiance. Laissons-les se rebiffer. Et purger leurs rancoeurs.

Quant aux adultes… Eh bien, en attendant, il y a une vie hors de la maternité.

 

« Pardonner à nos mères » par Claire Richard – éditions Les Renversantes – 190 p. 17 euros.

https://www.lesrenversantes.com/produit/4/9782488051422/pardonner-a-nos-meres

« Pardonner à nos mères » par Claire Richard qui aimerait bien que les hommes, les pères lisent le livre. Editions Les Renversantes (190 p. 17 euros) 

Une ode aux femmes écrivains

A lire François Kasbi, les écrivains femmes sont de loin les plus fines, perspicaces, sophistiquées, intenses et intègres. « Elles ont un regard, des préoccupations qui me concernent plus que la plupart des écrivains hommes, » confesse l’auteur. Lui a une sensibilité à vif, une observation d’entomologiste amoureux, et une façon de parler d’elles, ses »chéries », qui nous réconcilie avec la gent masculine !  Il en a choisi 95, françaises, européennes, américaines, des plus connues aux plus discrètes. Des vivantes et des disparues. Sylvia Plath, Susan Sonntag, Nathalie Sarraute, Joyce Carol Oates mais aussi Alice Rivaz (suissesse), Rachel Cusk, Anna Maria Ortese, Hanne Orstavik… Il les connaît intimement, s’émerveille, objecte ou plaisante. Compare, recommande tel biographe, donne son ressenti. C’est tellement vivant et… chaleureux. On saisit dans sa plume élégante et drôle le délicieux pouvoir d’emprise de la littérature. Un livre à garder précieusement pour comprendre mieux l’urgence d’écrire. Et surtout, savoir quels auteurs acheter. 

 

https://leseditionsdeparis.com/collection/litterature/mes-cheries
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