Newsletter du 31 décembre 2025

par Catherine | Déc 31, 2025 | Newsletter Archive

Robert de Niro contre Donald Trump

Contre Trump, Robert de Niro entre en résistance

 

On l’a rarement vu aussi furax. Depuis le deuxième mandat de Trump, la star ne décolère plus : « Ce type est un inculte dangereux. Un être malfaisant. Un malade fasciste… » Lui d’habitude discret, soucieux de se fondre dans l’anonymat new-yorkais, il prend la parole de plus en plus souvent.

 

Et contrairement aux conventions du showbiz hollywoodien, il ne nous sert pas les habituels lieux communs, esprit positif coûte que coûte, tout-va-très-bien-madame-la-marquise. Non, l’heure est grave, et l’acteur entend bien mettre les points sur les i. Défendre cette Amérique qu’on aime, ouverte, généreuse, progressiste, curieuse, intégrative, et qui est en train de s’éloigner à grands pas de ses idéaux. Il y a un an, il répondait sans langue de bois à Elise Lucet : « Trump est le mal incarné. Un être dangereux qui n’a rien de l’oncle excentrique pour lequel on a voulu le faire passer. Non, il ne veut que faire du mal aux autres. A l’Amérique. Au monde entier. » On voit la journaliste française se faire l’avocat du diable : tout ne peut pas être aussi noir, tant de gens ont voté pour lui, il doit bien y avoir des choses positives…  De Niro en remet une louche : « Des gens bien et sincères ont voté pour lui. S’ils réfléchissaient, s’ils ouvraient les yeux, ils verraient qu’il les méprise. Pour lui, ce sont des ploucs. Ce type est un porc, un vaurien, un escroc.» On ne peut pas être plus clair. `

« Trump nous fait passer pour des idiots ! »

 Avant l’avènement de Donald Trump, on ne connaissait pas Robert de Niro aussi virulent. Il s’engageait, certes : il soutient les causes sociales, la lutte contre la violence armée, les droits des travailleurs, la protection de l’environnement ; au besoin, il mouille sa chemise pour des collectes humanitaires de fonds. Mais là, il organise des contre-conférences de presse, harangue le monde au festival de Cannes, répond aux journalistes étrangers, s’exprime sur les réseaux sociaux. Une vraie croisade. Pour lui, c’est la moindre des choses. Contrairement à certains concitoyens qui s’exilent, lui n’entend pas lâcher le terrain. Il a beau avoir obtenu la nationalité italienne en 2006 (grâce à ses grands-parents italiens), sa patrie c’est l’Amérique, New York où il est né, et sa grandeur. « J’aime cette ville. Trump veut la détruire ! » martelait-il déjà devant le Tribunal en 2016 dans une réunion sauvage mêlant les supporters des deux bords. C’était l’affaire Stormy Bugsy, l’ex-actrice porno intentait un procès à Trump qui lui avait ordonné le silence sur leurs relations sexuelles en échange de 150’000 dollars.  De Niro n’avait visiblement pas peur de se faire cogner par ses « ennemis ». Il voulait les convaincre : « Il nous fait honte ! Il fait honte à l’Amérique, il nous fait passer pour des idiots ! »

Ses supporters républicains étaient partagés. Autant ils détestaient les « Democrats », autant ils se sentaient proches de leur vedette chérie. Ce Raging Bull, ce Taxi Driver, cet « Irish Man » qui savait mieux que personne se glisser dans leur intime – et modeste – condition. Que Sharon Stone, Angelina Jolie ou Leonardo di Caprio prennent la parole contre Trump les laissait relativement indifférents. Des richards de Hollywood, esprit à gauche, porte-feuille à droite. Mais Bobby de Niro… Indéniablement, il les aura fait réfléchir. De là à les faire changer d’avis. Pourtant, les Maga le savent, se dresser contre leur héros c’est prendre des risques pour sa vie. Comme Obama et Hillary Clinton, Robert de Niro a reçu des colis piégés dès 2018. Il s’en fout : « J’ai une responsabilité. On ne peut pas laisser faire sans rien dire. Trump est en train d’abîmer notre pays. »

Pour un peu, on lui suggérerait de candidater à la prochaine présidence. Reagan, le cow-boy hollywoodien, l’a fait.  D’autres le lui ont déjà proposé « tu ferais un meilleur job que Trump, pas difficile » Mais non. « Je suis trop vieux, J’ai l’âge de Biden ! » Pourtant De Niro « Le Nouveau Stagiaire » se porte mieux que « Sleepy Joe » ! A Cannes, son discours avait des accents de campagne : « Trump a coupé les fonds pour la recherche en sciences humaines, pour l’information supérieure, il envisage d’imposer 100% de taxes douanières aux films produits hors de l’Amérique, il mène des attaques inacceptables contre l’éducation, les étrangers… On ne peut pas se détendre comme si on était au cinéma. On doit se lever et agir, s’organiser, protester, voter ! »

Il lance un mouvement d’opposition

Depuis 2016, rien à dire, Robert de Niro monte en puissance. Récemment, le 1er novembre dernier exactement, il a apporté sa contribution au lancement d’un mouvement d’opposition baptisé « Defiance » qui se présente comme une plateforme visant à organiser une « résistance paisible, légale et déterminée » contre ce que ses fondateurs considèrent comme des abus de pouvoir présidentiels. Ses fondateurs : Miles Taylor, ancien républicain et haut fonctionnaire au DHS (Department of Homeland Security, l’équivalent du Ministère de l’Intérieur) lors du premier mandat de Donald Trump et Xander Schultz, un entrepreneur et militant progressiste. Avec de Niro qui exhorte les Américains à joindre le mouvement, sauront-ils provoquer un sursaut citoyen ? Pas sûr selon un tout dernier sondage, 51 % des Américains disent avoir une opinion moins favorable d’une célébrité après qu’elle s’est engagée politiquement. Une enquête Talker Research de 2025 confirme cette réserve : 64 % des Américains préfèrent ne pas connaître les opinions politiques de leurs stars, et 18 % cesseraient d’en être fans si elles pensaient différemment. Seulement 11 % des Américains ont affirmé qu’une célébrité les a déjà amenés à reconsidérer une opinion politique. 

Dans son enquête dans les rues de New York, le journal La Dépêche a interviewé les passants. Un Américain résume : « Tout le monde en a un peu marre que des privilégiés nous disent quoi penser. Et puis De Niro est particulièrement mal placé : il a passé sa vie à jouer dans des films violents et maintenant il se plaint qu’on ait un Président qui utilise à ce point la violence. Donald Trump est le produit de l’Amérique ». Refrain connu. C’est ainsi que Trump a gagné sur Kamala Harris qui avait pourtant tout Hollywood derrière elle. Une autre, plus politisée, minoritaire pour l’instant : « On ne peut pas ne rien faire. Et on ne sait jamais comment sa propre parole va être perçue. Il faut juste se battre pour ses idées, et c’est ce que fait De Niro. Il dit tout haut qu’il n’accepte pas ce qu’il voit. Je ne vois pas comment on peut le lui reprocher. » On en est là : les cinéphiles, les intellos contre les cols bleus, les modestes, les oubliés.

L’acteur est aussi homme d’affaires, il est co-propriétaire des restaurants  et hotels Nobu.  Il a co-fondé Tribeca Production pour aider les films indépendants, et, après le 11 septembre 2001, il avait co-lancé le Tribeca Festival pour faire revenir le public à New York. Bon, avec l’élection de Zohran Mamdani à la mairie, il n’a pas à craindre de coupes sombres dans ses aides et ses crédits.

De Niro a aussi enduré des flops

Depuis ses triomphes des années 1980 avec les grandioses réalisateurs Brian de Palma, Scorcese, Coppola et tous les autres, depuis ses trois oscars, puis les multiples hommages à sa carrière, on peut dire que de Niro aura connu toutes les couleurs de l’arc en ciel hollywoodien. De la gloire à l’indifférence. On l’oublie, mais, ces 30 dernières années, il a connu de longs tunnels avec de mauvais choix de films qui firent des flops. Trump ne s’st pas privé de l’enfoncer, ce président tragiquement guignolesque qui a lui-même vécu de grosses faillites.

En « guerrier » toujours partant, Robert de Niro ne s’est jamais découragé : depuis « Mafia Blues » en 1999, il a pris le virage de la comédie avec un réjouissant succès. On a redécouvert ce grand acteur décidément capable de tout jouer, même les comiques. Les échecs des années 2000-2010 ne l’ont pas empêché de tâter d’autre chose : il a fait des films fantastiques avec des bonheurs divers, des films d’animation, pour aboutir à l’irrésistible « Nouveau stagiaire » en 2015, gros succès et nouvelle révélation de cette capacité de l’acteur à jouer avec sa propre image. Un peu comme il l’a fait avec la populaire trilogie « Mon beau-père et moi ». C’est finalement lui qu’on vient voir, pas tant ses personnages. Lui qui, autrefois « se faisait cannibaliser par ses rôles » comme l’expliquait son copain photographe Steve Shapiro. Maintenant, ses rôles sont imprégnés de son charisme protéiforme.  C’est la rançon de son indéfectible célébrité. Jouer à se parodier soi-même.

 Il arrive à «pénétrer » l’esprit de Trump

Dans sa vraie vie, le scénario colle assez bien à l’évolution de nos sociétés. On sait qu’il a sept enfants, la dernière, Gia, a 2 ans. Il l’a eu – à 80 ans ! –  avec sa compagne depuis 2021, Stéphanie Chen, 69 ans. Par mère porteuse, comme déjà plusieurs fois auparavant, notamment avec sa précédente, Tookie Smith : des jumeaux en 1995. L’un des deux, Aaron, a annoncé sa transition sexuelle, activement soutenu et accompagné par son père ; elle est aujourd’hui Airyn.  Avec Grace Hightower, de Niro a une fille et un fils qui est autiste. En 2023, méchant coup du destin : son petit-fils, fils de sa fille adoptée Drena, meurt à 19 ans d’une overdose de Fentanyl et cocaïne.

La souffrance, les interrogations profondes, le doute, Robert de Niro connaît. Ce fut même le moteur de son talent, pur produit de l’Actor Studio. Via cette méthode de jeu, l’acteur parvient comme nul autre à investir un caractère. Une sorte de transmutation ultra-rodée. C’est ainsi qu’il donne une troublante réalité à ses rôles. Mais c’est aussi grâce à ce génie de l’intime qu’il perce à jour le Président américain. Des « bozo » dans son genre, il en a incarné, il sait, il sent profondément comment ils fonctionnent. C’est pour cela qu’il a la rage.

Est-il plus célèbre que Trump ? En tout cas ses prises de position sont reprises partout dans le monde, en Chine, en Australie, en Amérique Latine, en Iran où l’on se délecte de ses propos anti-Trump scrupuleusement traduits. Son dernier « hit » : « He is a punk, he is a dog, he is a pig… Il joue avec notre société, il ne paie pas ses impôts, il est un désastre national. Ca me met tellement en colère que l’Amérique en soit arrivée là. Il veut nous mettre un coup dans la figure. Eh bien, moi, je veux lui en mettre une dans sa tronche. »

Calmons-nous, Bobby. Respire. Contrairement à toi, Trump n’a plus « que » deux ans à tirer. Et toi, beaucoup plus.…

Catherine Schwaab

 

Le Petit St Benoît, un resto à l’ancienne, bon et honnête !

Un resto légendaire (1901 !) autrefois dédié aux Parisiens fauchés et aux étudiants en médecine voisins. Le Petit Saint Benoît (4 rue Saint Benoît – Paris 6) avait décliné, on l’avait déserté. Le voilà qui reprend du poil de la bête grâce à un nouveau gérant, Laurent Nègre, également en charge de La Grille Montorgueil (aussi mythique) et de L’Etincelle, pl. Clichy. Rénové, repeint, mais avec toujours la même ambiance chaleureuse un peu auvergnate, ce lieu cultive son charme, améliore grandement sa cuisine sans gonfler ses prix. Ca devient une rareté. Les mets sont vraiment bons (20-25 euros), les vins aussi, (38 à 48 euros les bouteilles de (bon) Côte du Rhône). Allez’y les yeux fermés, dans ce quartier St Germain où les arnaques sont plus nombreuses que les opérations honnêtes et les prix scrupuleux.  

 

 

Pour réserver

« Fauves »: un vrai page-turner !

J’avoue, je ne connaissais pas cet auteur, Melissa da Costa. Elle est pourtant abonnée aux gros tirages en millions et traduite en 45 langues. Ecrivain « populaire » ? A bas le snobisme et bravo ! Son pavé de 500 pages, on s’en délecte. Même Trappenard de la Grande Librairie trouve son succès mérité. C’est une plongée très bien informée dans le monde du cirque, en particulier, les dresseurs de fauves. Pas très écolo, mais passionnant. A travers le parcours d’un jeune paumé qui atterrit parmi les « gens du voyage », on en apprend plein sur la psychologie des lions, des lionnes, des tigres, des panthères nébuleuses et sur la solidarité indéfectible des familles du cirque. Aussi sur leur machisme galopant qui aurait bien besoin d’un coup sur le museau. « Fauves » est bien écrit, très documenté, les personnages vivants, le suspens palpitant, avec un découpage cinématographique qui ferait une super-série Netflix. Enfin, il faudrait trouver des lions qui acceptent de tourner…

Fauves par Melissa da Costa – éditions Albin Michel – 480 p. 24 euros.  

 

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