Newsletter du 4 août 2026

par Catherine | Août 4, 2026 | Newsletter Archive

Jean Quatremer quitte Libé
<!–
Jean Quatremer quitte Libé

Lire cet e-mail en ligne

"L'affaire Jean Quatremer" viré de Libé

On ne peut plus rien dire ?

 

 

L’éviction de Jean Quatremer, cette brillante plume de Libération depuis 1984, fait ressurgir ce commentaire qui sonne terriblement « old school » : « on ne peut plus rien dire » ? Ou on ne peut plus dire la vérité ? Même à gauche. Surtout à gauche.

 

Jean Quatremer ? Pour les lecteurs de Libération, les téléspectateurs de LCI, France Info, BFM-TV et autres plateaux télé d’actualité, c’est un verbe érudit, et un chroniqueur à lunettes qui ne mâche pas ses mots. Provocateur, au besoin. Je ne le connais pas personnellement mais j’adore par exemple l’écouter chez Pujadas sur LCI (entre 18 et 20 h, ici en capture d'écran). Il pointe les compromissions de la gauche avec les Frères Musulmans, il évoque son demi-silence lors des massacres en Iran en janvier dernier, 40'000 tués à l’arme de guerre en deux jours, et pas une bannière contrairement aux réactions sur Gaza, même demi-silence sur les Rohingyas en Birmanie, les Yézidis, les Ouigours, les Tibétains, les Kurdes, les Chrétiens d’Afrique… Il décrit l’antisémitisme décomplexé de Mélenchon et de LFI qui amalgament tous les juifs comme pro-Netanyahu, « génocidaires », etc etc… Inutile de citer leurs imprécations. Bref, Quatremer, c’est une clairvoyance abrupte et une totale liberté de ton.

Alors forcément, à Libé, ses critiques acérées de « cette gauche sélective », devaient finir par froisser la nouvelle génération. « Mal à l’aise » voire « en souffrance », les confrères et consoeurs… Les « souffrants » ont eu sa peau. A moins, comme certains cyniques le prétendent, que ce journaliste de 68 ans « ait tout fait pour se faire virer et toucher des indemn’ ». Le fait est qu’il a « négocié son départ » comme on dit. Lassé, écoeuré de voir « son » Libé jadis si foutraque, tolérant et chaleureux se réduire à un sombre sectarisme. On apprend qu’il va chroniquer à Marianne, ce qui a déjà provoqué une levée de boucliers de la rédaction de Marianne qui craint de voir cet intransigeant venir polluer le discours rodé d’une certaine gauche.

 

Mais « quelle gauche » ? interroge Quatremer dans sa lettre d’adieu à Libé. « J’appartiens à cette gauche social-démocrate qui combat l’obscurantisme religieux quel qu’il soit, le racisme, l’antisémitisme, les discriminations, la haine des musulmans, le sexisme, l’homophobie, etc (…) Je ne peux que constater que cette gauche est désormais minoritaire, voire en voie de disparition. De crainte d’être accusée d’islamophobie, de néocolonialisme ou plus cyniquement pour s’attacher un vote communautaire (…) » Il résume ce qu’on constate maintenant depuis quelques années, depuis le 7 octobre 2023 surtout, je ne vais pas refaire le film de cette dérive affolante.

 

 

En revanche, comme Quatremer, je pleure une certaine idée de la fraternité intellectuelle qui permet de débattre, d’affronter ses désaccords, de rester ami avec quelqu’un qui n’a pas les mêmes opinions que moi, mais qui accepte. Quatremer : « Mes ennemis en interne ne se dévoilaient pas et ne voulaient pas discuter, seulement me faire taire. »

 

 

"Cet antisémitisme prédit le totalitarisme"

 

La gauche a toujours été pour moi synonyme d’ouverture. Elle a toujours visé l’union ; « maintenant, comme l’écrit Quatremer, elle trie les bonnes et les mauvaises victimes au lieu de défendre l’humanité tout entière, elle injurie et diffame ceux qui ne sont pas au garde à vous de sa propagande, de ses mensonges, de sa haine…. » C’est bien envoyé. Mais ça ne va pas changer les choses.

Puisqu’il faut tout leur expliquer, il le répète : « L’antisémitisme de cette nouvelle gauche est le marqueur de la haine de la République, de la haine des libertés, de l’égalité, de l’état de droit… Cet antisémitisme prédit le totalitarisme. » Il a raison, évidemment.

En applaudissant son départ, en se privant de sa signature, de ses analyses rigoureuses, de son esprit frondeur, Libé tourne une page. Il devient un petit journal d’opinion borné. Bannit la controverse, les débats passionnés, les engueulades fécondes, les remises en question. Il perd de sa grandeur. De sa vitalité.

De son esprit français ?

En 2023, selon Alexandra Schwartzbrod, Libé était « le journal de toutes les gauches », avec un clivage au sein de la rédaction : plutôt LFI pour les plus jeunes, tandis que les anciens sont socio-démocrates. Mais le conflit israélo-palestinien a durci les positions des LFI. Le départ surprise récent du directeur de la rédaction Dov Alfon serait lié à ce climat de tension. Il a été remplacé par Sonia Delesalle-Stolper (saluée par Jean Quatremer dans ses adieux)

Nathalie Garçon Mode. Couleurs. Féminité. Sensualité. Elegance

Envoyé par

  • Facebook
  • X
  • Instagram
All rights reserved Catherine Schwaab 2025