| Elle revient de loin. Viol, violences, perte d’un enfant, carrière en dents de scie… Mais tel un phénix, toujours, Lio se reconstruit. Tire des enseignements des coups du destin. Elle a franchi la soixantaine ; et à l’âge où beaucoup choisissent la retraite, elle sort un disque et remonte sur scène : en tournée dès le 16 janvier, elle commence par Marseille. Plus que jamais à la mode. On a longtemps cru que dès ses 16 ans et le triomphal « Banana Split », Lio ne nous cachait rien. Tellement spontanée, joyeuse, sans hypocrisie, fun… On admirait sa beauté, on enviait son énergie, son culot et sa verve. Capable de clouer le bec d’un Ardisson autant que riposter à Patrick Sébastien, blaguer avec Stéphane Collaro ou égayer un dimanche de Drucker. Sur scène, en scène, Lio était un festival permanent. Mutine et ouverte, à l’aise… Les plus brillants lui ont composé des chansons (Etienne Daho, Boris Bergman…) ont fait des duos avec elle (Julien Clerc, Alain Chamfort, Julien Doré…), de grands talents féminins l’ont mise en scène, en live et au cinéma (Caroline Loeb, Jeanne Labrune, Catherine Breillat, Diane Kurys, Katell Quillérévé, Yolande Moreau, Valérie Guignabodet…) Concerts, télés, films, elle a mené sa carrière, est toujours arrivée à ses fins. Bref, l’impression que cette fille avait tout bon, tout juste. Et que tout ce qu’elle vivait, elle le partageait avec nous. De fait, depuis sa post-adolescence et ses tubes, on a eu l’impression de la voir grandir sous nos yeux. Un peu comme Vanessa Paradis, comme Kate Moss… Violée, battue, sauvée… On s’est bien trompés. On est même tombés de l’armoire. Lio-la-Légéreté était chargée d’un fardeau de traumatismes inimaginables. A commencer par un viol à 10 ans, par un ami de son beau-père. Ses parents portugais avaient divorcé, sa mère, refait sa vie avec Alberto Nogueira, musicologue, et ensemble, ils avaient migré en Belgique en 1968. Lio a 6 ans. Un an plus tard naîtra Héléna, sa demi-sœur. Celle qui lui a « sauvé la vie ». Qui l’a arrachée à un homme ultra-violent et ouvert les yeux. Lio l’a raconté dans Paris Match en 2013 : elle était sous l’emprise d’un pervers narcissique qui la cognait, la dénigrait, sous le regard de ses enfants. Elle en avait cinq à l’époque, dont des jumelles avec cet homme, Alexis Zad. Un calvaire qu’on n’aurait jamais supposé. Lio avait l’air si gaie, bien dans sa peau. Elle donnait le change. « J’étais dans le déni, je lui trouvais des excuses : « Ce n’est pas de sa faute. Il a été battu lui-même. C’est un enfant de la rue » C’est moi, au contraire, qui culpabilisais : j’ai dû mal agir pour le mettre dans cet état-là. Petit à petit, je suis tombée dans l’aliénation et mes aînés ont assisté à toute cette violence ». Lio a mis du temps avant de réagir. Elle a connu le lot de toutes ces femmes battues, vulnérables, qui déménagent de studios en hôtels, en meublés, tentant de fuir leur tortionnaire… Lequel finit toujours par les retrouver. Elle, Lio, la déterminée, la célèbre, l’ambitieuse, celle qui donne l’impression de faire des hommes ce qu’elle veut…. perd sa clairvoyance. Face à ce « Zad », alcoolique terrifiant, elle devient une petite chose « insecure » qui prend des coups. Incroyable. C’est en effet sa petite sœur Helena qui prend les choses en main : « Sans son coup de fil à SOS Femmes battues, je serais morte, explique Lio. Elle m’a sauvé la vie. Je lui dois tant ! » Lio sait mettre les mots sur ce qu’elle a vécu. Maintenant, Lio dénonce Au-delà d’une longue psychanalyse, cette mise à nu médiatisée est aussi sa thérapie. En se racontant, elle rattrape son silence de l’époque. Pour alerter, dire aux autres qui n’ont pas eu sa sœur, son sauveur, de se réveiller, porter plainte, partir. Ses propos intimes sont aussi sa promo, ok. Mais c’est aussi la preuve de sa reconstruction : on peut s’en sortir. Là, pour le coup, on a l’impression qu’elle ne cache rien : ses faiblesses, ses enfants qu’elle n’a « pas su protéger », « Je n’ai pas su me montrer responsable. Je leur ai demandé pardon. Ils m’ont pardonné, mais moi je ne me le pardonnerai jamais… » Sur Facebook, c’est un déferlement d’éloges, de remerciements. Depuis ses prises de position sur le meurtre de Marie Trintignant (2003), son engagement aux côtés des Femen, Lio l’ex-Lolita est devenue une effigie du combat féministe. Avec ses cheveux courts, son visage intouché, presque sans maquillage, elle mène un combat. Et avec la même fougue qu’elle mettait dans ses vidéos il y a 40 ans, elle révèle que dans le show-biz aussi, les femmes ont longtemps compté pour des prunes. Les abus y sont rois, l’impérieuse séduction féminine, le management macho-mercantile… Plus de sexe avec les hommes Son disque « Geoid Party in the Sky » est vraiment bien, d’ailleurs ses dates de tournée vont jusqu’en septembre 2027 ! A 63 ans, Lio réussit à s’imposer plus fort, plus profondément que quand elle chantait « Les hommes me vont si bien ». Aujourd’hui, elle l’a dit tout net à Maitena Biraben dans « Mesdames » : « Plus de sexe depuis mes 50 ans. Avec les hommes, (le sexe) c’est trop ennuyeux, ils ne savent pas comment on fonctionne » On croirait entendre Ovidie. Lio, sans tabous, en rajoute : « … la masturbation, c’est de la joie pure, parce qu’on sait faire. Moi j’ai mis le temps. J’ai découvert mon clitoris en 2019, à l’occasion de la campagne féministe « ceci n’est pas un bretzel » ! Donc évidemment que j’ai mis en pratique ce que je venais d’apprendre pour que ce soit encore mieux. Et je ne me déçois pas ! » . Inimitable. |