L’Anglais n’arrêtait pas de s’acharner sur la chanteuse qui restait plutôt stoïque face à son ainé énervé. Depuis quelques jours, entre les deux c’est le ciel bleu.
Il y a des moments dans la vie où il faut reconnaître ses torts. Évaluer ses priorités : les petites brouilles et les grandes causes ; les petits egos et les urgences collectives. La star mondiale Elton John, vient de se montrer d’une grande intelligence. Il s’est enfin réconcilié avec Madonna, l’autre star mondiale. Une discorde de plus de 20 ans, on ne sait pas expliquer pourquoi. Ils ne sont pas concurrents, ne drainent pas les mêmes publics, elle, l’Américaine, lui le Britannique, ils sont aussi milliardaires l’un que l’autre…
Elton attaque
En fait, c’est surtout Elton, 78 ans, qui semblait en vouloir à sa cadette, 66 ans. Laquelle a toujours claironné son admiration pour le grand compositeur-interprète. « Quand j’étais au lycée, j’ai fait le mur pour aller le voir en concert à Detroit. Une performance inoubliable qui a changé le cours de ma vie, moi qui me suis toujours sentie une outsider. Le voir sur scène m’a fait comprendre que c’est ok d’être différente, de choisir des voies anti-conformistes. Ce soir-là, j’ai compris que c’est même essentiel » Etc etc… Merci pour les compliments ! N’empêche, Sir Elton John s’est acharné sur elle dès 2004, quand elle a été nommée aux Q Awards dans la catégorie « meilleure performance live ». Furax, le puriste (qui chante assis à son piano) : « Depuis quand chanter en play-back c’est du live ? Vous payez 75 dollars pour voir du play-back ! Celui qui fait ça devrait être buté » (« shot ») Pas gêné, le maestro. Précisons que dans ses performances, Madonna ne chante que deux ou trois morceaux en play-back, quand ses chorégraphies menacent de lui couper le souffle. Beyoncé fait la même chose. Mais là, Elton ne dit rien. Passons.
En 2012, nouvelle salve quand Elton et Madonna sont nommés aux Golden Globes pour la meilleure chanson originale. « Elle n’a pas la moindre chance de me battre ! » claironnait-il. Si, justement, c’est elle qui emportait la mise avec son morceau « Masterpiece ». Lui insistant avec aigreur : « Elle peut me rayer de sa liste des vœux de fin d’année, je m’en fous »…
Au fil des ans, des interviews, le chanteur, pourtant lauréat d’un prestigieux Oscar, et qui n’a plus rien à prouver depuis longtemps, donc, l’Enragé a continué, féroce : « Elle danse comme une strip-teaseuse, elle devrait arrêter ». On le soupçonne de s’être engagé artistiquement aux côtés de Lady Gaga juste pour faire bisquer Madonna (que Gaga copie allègrement). Evidemment, son mari David Furnish joue la solidarité, accusant les Golden Globes : « Ces distinctions n’ont rien à voir avec le mérite. » Alors pourquoi déclenchent-elles de telles fureurs ? Furnish, presque aussi remonté que son mari, pointait enfin, méprisant, « l’embarrassant discours narcissique » de Madonna recevant sa récompense. Dans ces batailles de narcissismes, on aurait de la peine à les départager. Mais bon, une star, c’est un monument d’égo (t) isme, rien de nouveau.
Réconciliés, mais pourquoi ?
Aujourd’hui, tout a changé. Samedi dernier, le 5 avril, les deux stars se sont tombés dans les bras dans les coulisses de l’émission « Saturday Night Life ». Madonna est aux anges : « Elton n’a eu qu’un mot : « Forgive me » (pardonne moi) » Alleluia. Et bravo à la Ciccone qui, grand seigneur, a fait le premier pas. Il paraît qu’il y aurait même un projet sous roche.
Est-ce l’avènement de Donald Trump qui a imposé ses priorités ? Un sursaut pour secouer le désespoir qui tenaille désormais Hollywood, majoritairement pro-Democrats ? C’est possible. Outre-Atlantique, c’est l’angoisse. Par exemple l’association d’aide aux malades du sida d’Elton John est menacée dans ses subventions. « C’est pourquoi je ferme ma gueule sur les questions politiques » a-t-il résumé off, lui qui a toujours affirmé son homosexualité, lui qui déclarait dans les journaux que « j’en ai marre du Brexit ». Mais là c’est différent : « La vie de milliers de malades est
en jeu, » tremble-t-il. Madonna au grand cœur est à ses côtés. « Play back singer » ou « strip-teaseuse », on a besoin de toutes les énergies, de toutes les intelligences, de toutes les audaces pour garder espoir.
Les délires égotistes de Trump
Hollywood s’était mobilisé avant les élections ; Hollywood ferme ses micros depuis l’élection. Dos rond jusqu’aux mid-terms. Certains scénarios incluant des gays ou des LGBT+ ont été prudemment remis dans les tiroirs. Cependant, 400 stars (dont Cate Blanchett et Ben Stiller) ont envoyé une lettre implorant Trump de « ne pas ouvrir grand les portes sans contrôle à l’intelligence artificielle ; il faut protéger les droits d’auteur des œuvres cinématographiques et de la musique afin d’empêcher leur exploitation par l’IA. » Voilà un combat collectif.
Une arme à double tranchant, cette missive. Dans son délire égotiste (encore !) Trump pourrait prendre un malin plaisir à faire le contraire, juste pour montrer qui est le patron.