Il y a 20 ans, Patrick Pruvot ouvrait la première boutique dédiée au plaisir sexuel féminin. Une boutique au style parisien, avec des vendeuses élégantes, et un assortiment pensé pour les femmes. J’entends par là : un décor épuré, des lumières flatteuses, un assortiment bien rangé dans des jolies boîtes, et pas un vulgaire sex-shop pensé pour et par des mecs. Ceux là n’ont pas changé, ils prospèrent toujours dans le quartier de Pigalle, rue St Denis avec leur racolage et leurs couleurs criardes. Au Passage du désir (20 magasins en France), on est comme dans une boutique de prêt à porter haut de gamme : on déambule, on n’est pas pressé, bon, on n’essaie pas sur place, mais… on a des conseillères qualifiées. « Elles ont une formation très sérieuse de 15 jours, insiste ce soir-là le fondateur. Nous bénéficions des services d’une sexologue. »
Oui, le sexe, c’est sérieux. Enfin, hier soir, ça pouffait pas mal. Beaucoup de jeunes de 20-30 ans, mais aussi des femmes plus mûres, 50-60-70 ans, pimpantes, curieuses, moins bruyantes. Pour certaines, c’était leur première visite, avec une copine plus jeune. Ou leur nièce. Le champagne versé dans les gobelets n’était pas offert avant d’avoir écouté l’exposé de Anne-Laure Lesage, la directrice France.
Elle respire la bonne humeur, Anne-Laure. Ancienne masseuse, « le bien-être intime » est son grand souci depuis 15 ans. Et franchement, on a envie de la suivre. Nul n’est plus compétent pour casser le tabou de la jouissance féminine. Elle te décompose le plaisir, les zones érogènes et la technologie avec un sens pratique déroutant. Et que je te pose la question à l’assistance : « Comment tu te sens après un orgasme, dis-moi franchement ! » et que je te démontre avec une cliente comment marche le fameux « Nest » un sex-toy qui a plutôt l’air d’un rasoir pour homme. Avec un petit bouton magique quand même.
C’est là que l’humoriste Caroline Vigneaux entre en scène. Toujours fraîche, vivace, sympathique, c’est bien simple, elle est une pub vivante pour l’accessoire. Non seulement, elle l’a essayé, mais elle en a fait un sketch ! D’abord peu convaincue par la forme, pas très oblongue, qui ne ressemble pas à quoi-vous-savez, elle s’est laissé convaincre par le vendeur. Très sûr de lui : « Si ça ne vous convient pas, vous me le rapportez ! » Caroline se dépêche d‘aller tester le produit : « Je le pose sur mon clito, j’appuie sur le bouton, et là en moins de trois minutes j’ai un orgasme qui me vient des orteils !… » Elle est la meilleure ambassadrice du « Nest ». D’ailleurs elle a signé un partenariat, « Un thé ou un orgasme », 100 euros le sachet… avec un petit vibro et du thé. On peut donc faire les deux et comparer.
Mais il n’y a pas que le Nest. Hier soir, après le mode d’emploi bien expliqué, il y a les questions, on n’est pas toutes faites sur le même moule que Caroline. Il y a celles préfèrent « plus rapide », celles qui voudraient que ça leur « déclenche l’envie avec mon mec », celles qui ont peur de « ne plus y arriver avec quelqu’un »… Anne-Laure la-manageuse-de-votre-plaisir a réponse à tout. Elle vous le répète, « La libido, c’est comme un muscle, ça se travaille ! » Comprenez : entre vos 10 minutes d’abdos et chercher le petit à l’école, vous faites vos exercices d’orgasme. « C’est bon pour la santé ! » Elle rassure : « Ca sert à vous connaître, ça vous détend, mais ça ne remplace pas un homme ! » Gloussements dans l’assistance. Une cliente est sceptique.
Il est vrai qu’en déambulant dans les rayons, on note qu’ils ont pensé à tout : « pocket vibes de luxe », « first vibro », lubrifiants en tous genres, « crème de masturbation », excitants épidermiques (oui, avec du menthol, tu ne savais pas ?)… Certaines clientes observent : « C’est un boulot, faut se concentrer. Avec un mec à côté, ça déconcentre… » Pas faux. Après…
C’est vous qui voyez.
Catherine Schwaab