Son show « IrreZizetible » transporte à Paris la truculence marseillaise. Avec le rire bon enfant et la gauloiserie provençale, l’acteur réunit tout le monde. Mais qui est ce gay qui fut l’ex-mari de Coccinelle ?

Du bonheur de s’afficher femme. Mieux : en bimbo exubérante avec la robe léopard, les talons, les bijoux clinquants, les faux cils… Et l’accent marseillais. Une « cagole » baraquée qui balance tous azimuts. Ménopause, sexe, « vieux con » de mari… Hilarant. Et osé. Faut-il être un homme pour avoir ce culot ? Oser ce personnage de blonde quinqua-sexa qui se déboutonne. Parle cru, révèle tout et s’en fout. Dans une salle pliée de rire, plusieurs générations : des vieux, des jeunes, des homos. Le succès du spectacle interpelle.

Il ne s’agit pas juste de rire devant un show comique travesti. Sous les formules choc, Zize illustre la vraie vie : en Zize, il y a toute la gent féminine vulnérable et railleuse, et toute la communauté gay, bravache et féroce. A la fin du show, Zize, 1 mètre 80, et une carrure de camionneur, vient saluer « son » public qui l’attend. L’acteur amusé : « Certains me disent : « Au revoir Madame » » !

Dix ans de fusion avec Coccinelle

Thierry Wilson alias Zize a fait le cours Florent, avec Raymond Aquaviva, Tsilla Schelton, puis Michou… Et il a beaucoup appris avec Coccinelle, sa femme, premier trans de l’histoire de France, décédée en 2006 à Marseille. Elle avait 40 ans de plus que lui. Il l’a connue à 17 ans, l’âge où, petit Provincial, il découvrait à Paris le cabaret de Madame Arthur. « J’ignorais tout du transgenre, naïf total » C’est ce qui l’a séduite, Coccinelle : « En voilà un qui ne me fera aucun mal, jamais » se dit-elle. Un coup de foudre réciproque. Ils se marient. Dix ans de fusion totale. « On vivait en symbiose absolue, mais dans des appartements séparés, » se remémore le mari qui vit maintenant avec José depuis 20 ans. Toujours dans le Midi.

Aider les gays sans jouer les militants

Son travail, ces jours-ci, c’est quatre jours par semaine à Paris : « Irré-Zize-tible » au théâtre Comédie Bastille, et les Grosses têtes » sur RTL avec Laurent Ruquier à Neuilly. De sa différence, Thierry Wilson a fait sa gloire. « Attention, je n’ai pas de féminité frustrée, explique ce virtuose de la gouaille féminine. Je ne suis ni travesti, ni transgenre. Je suis homme. Et j’ai un message à faire passer, par le rire. Pas en force. » De sa belle maison d’Allauch, en visio, sur fond de garde-robe chamarrée de son personnage, il se raconte, disgresse, sans tabous. Le contraste est frappant : dans le civil, la Marilyn sur le retour en fourreau boudiné a le cheveu court, tenue classique, il pourrait être employé de banque ou ingénieur ou taxi. Il est là, le message. « Je veux aider les gays sans jouer les militants » lâche-t-il, sobre.

Lui n’a pas eu à se battre contre les préjugés. Ses parents l’adoraient. Sa mère, coiffeuse, n’a jamais évoqué son homosexualité « même si elle voyait bien que j’étais précieux. Elle m’a très bien éduqué, maman. » Elle l’installait, petit, dans son salon, sous un parapluie transparent pour pouvoir tout observer et écouter. On voit d’où viennent ses textes. Atteinte aujourd’hui de la maladie d’Alzheimer, sa mère, 74 ans, vit avec lui, au cœur d’une coûteuse infrastructure de soins. Avec son défunt père, cafetier d’origine arménienne et italienne, il a parlé de tout. Conclusion de papa : « J’ai toujours été fier de toi, mon fils » Non-voyant vers la fin de sa vie, il est venu le voir en « Zize » sur scène, et il a ri tout le spectacle : « Je te vois ! Je te connais tellement ! »

« On ne choisit pas. On naît gay »

C’est ce socle affectif qui fait son équilibre, à Louis Naïtana, alias Thierry Wilson, alias Zize ! « Laurent (Ruquier) me dit que je n’ai pas assez d’ego. » Peu d’égo, en effet, il se la pète pas, tellement intègre, spontané, clairvoyant ; il force la sympathie. Parlez-lui de fluidité de genre, de LGBT +, il lève les yeux au ciel. « On mélange tout. Gay, fluide, trans, drag, trav… Moi je m’y perds. Et je ne suis pas du tout d’accord avec ce discours permissif à l’excès qui veut laisser les enfants choisir. Non, on ne choisit pas. On naît gay. En plus, j’ai peur de cette éducation des garçons par le net. Non, la vie,

ça n’est pas le s.m., le bondage, la pornographie, ou les trucs qu’on voit sur les sites. Il faut d’abord s’aimer, se respecter. » Fleur bleue ? Louis, comme Zize, a des principes. Enormités et délire sur scène mais dans la vie, on sait se tenir. Tout le monde s’y retrouve, homos, hétéros, gauche, droite, Français, arabes…

Marseille, le gâchis des quartiers Nord

Né à Marseille il y a 53 ans, il a grandi dans un melting pot dont il reste nostalgique : « Marseille, c’est la diversité. Aux Egalades où j’ai grandi, il y avait des Comoriens, des Arabes, des séfarades, des Espagnols, des Italiens… J’étais tout ça, moi ! » Puis, il a vu la ville changer. « Quand on a construit les grands ensembles en banlieue pour loger les ouvriers maghrébins, je me souviens que ma grand-mère rêvait d’y habiter, elle qui avait les WC sur le palier. Dans les « quartiers nord », il y avait une salle de bain, la vue sur Marseille, des jardins, un stade, une piscine, le rêve ! Mais on y a parqué que des Algériens, des Marocains, grande erreur politique, clientéliste. Résultat : ils ont tout détruit. Et ouvert la voie aux extrêmes. » C’est bien résumé.

Il y a plus de 20 ans qu’il se donne en spectacle, toujours dans le registre truculent qui fait tout passer. Celui-ci est son 3eme. La presse parisienne le snobe un peu… Même s’il s’est produit au Festival off d’Avignon de 2014 à 2016, que Catherine Frot et le metteur en scène Michel Fau l’adorent. Même si, en 2022, son autre show, « La Famille Mamma Mia » enregistré à l’Alhambra, est diffusé sur la chaîne Comédie+. N’empêche, malgré ses registres subversifs, « sur les réseaux sociaux, je n’ai aucun « hater ». Incroyable, non ? »

Ne pas être haï sur le web, ça devient une prouesse. Eh bien, longue vie à Zize !

« Irrézizetible » à la Comédie Bastille à Baris, métro Richard Lenoir.

Les dimanche, lundi, mardi jusqu’au 4 janvier 2026.